Le 30 juin dernier, au Centre culturel et artistique des pays d’Afrique centrale (CCAPAC), la commémoration de l’indépendance de la République démocratique du Congo s’est écrite sur les planches. Avec « Lumumba l’incompris », une création mise en scène par Laurent Domage, le théâtre s’est imposé comme un espace de mémoire où la parole de Patrice Emery Lumumba retrouve toute sa puissance, soixante-six ans après le discours historique du 30 juin 1960.
Plus qu’un spectacle, cette œuvre a interrogé la place de Lumumba dans la mémoire collective congolaise. Elle rappelle qu’avant d’être une figure politique, il fut un homme porté par une vision qui dépassait sa propre destinée. « Ce titre nous rappelle qu’un homme n’a pas pensé qu’à lui-même, mais à tout un peuple. Il a mené un combat qui allait bien au-delà de la politique et de l’économie. Il est un modèle pour notre génération », a souligné Shadrack Kalenga, initiateur de l’exposition « Lumumba International Horizon 2030 », organisée en marge de la fête nationale.

Pour Hervé Nkashama, le cœur de la pièce réside dans la force intacte du célèbre discours de l’indépendance. « Ce jour-là, un homme de 35 ans est monté à la tribune et a prononcé des paroles qui allaient changer le destin de l’Afrique. Il ne parlait pas seulement au Congo, mais à tous les peuples qui refusent de vivre dans l’asservissement », a expliqué le metteur en scène.
Celui-ci insiste également sur une dimension souvent oubliée de cette allocution sui est son caractère profondément inclusif. En s’adressant aux « Congolais et Congolaises », Patrice Lumumba reconnaissait, dès 1960, la place des femmes dans le combat pour la liberté. « Vous êtes les combattants de la liberté », rappelait-il, faisant de chaque citoyen un acteur de l’histoire nationale.
La représentation s’inscrivait dans un programme plus large au CCAPAC marqué par l’ouverture de l’exposition « Lumumba International Horizon 2030 », une initiative portée par Shadrack Kalenga. Lancée à Kinshasa, cette première étape d’un parcours artistique appelé à se déployer sur plusieurs continents jusqu’en 2030 entend faire rayonner, par les arts visuels, la pensée et les valeurs de Patrice Lumumba à l’échelle internationale.
Présent lors de cette soirée, Balufu Bakupa-Kanyinda, directeur général du CCAPAC, a rappelé que la mémoire de l’indépendance appartient à tous les Congolais. Selon lui, la culture demeure l’un des moyens les plus puissants pour transmettre une histoire écrite par les Congolais eux-mêmes. « Nous sommes dans le monde du savoir, du savoir de nous-mêmes et de notre histoire », a-t-il déclaré, invitant le public à accueillir « le Lumumba de demain avec le cœur et avec l’intelligence ».
À travers « Lumumba l’incompris », le théâtre dépasse ainsi la simple reconstitution historique. Il devient un acte de transmission, une invitation à relire l’héritage de Patrice Lumumba à la lumière des défis contemporains et à mesurer combien sa parole continue de résonner dans les aspirations des peuples africains.
Onassis Mutombo
