vendredi, mai 29
Tous derrière les FARDC

Dossier FRIVAO : l’avenir donne raison à Firmin Mvonde (Tribune)

Il arrive des moments où les faits finissent par balayer les manipulations, les insultes et les campagnes de discrédit. Le dossier FRIVAO est en train de devenir l’un de ces moments de vérité pour la République démocratique du Congo.

Pendant des mois, le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a été présenté comme l’ennemi à abattre. Parce qu’il avait osé ouvrir un dossier sensible. Parce qu’il avait refusé de fermer les yeux sur la gestion de plusieurs millions de dollars destinés aux victimes des atrocités commises dans l’Est du pays. Parce qu’il avait eu le courage d’intercepter des fonds du FRIVAO placés dans un compte privé avant qu’ils ne disparaissent définitivement des circuits publics.

À l’époque, certains l’avaient traité de haineux. D’autres parlaient d’acharnement politique. On l’a insulté, attaqué, caricaturé. Mais aujourd’hui, les révélations qui tombent les unes après les autres donnent une résonance particulière au travail du magistrat.
Car les faits sont désormais là.

Et ils sont graves.

Le dossier FRIVAO touche à ce que la République a de plus sacré : la réparation due aux victimes de guerre. Cet argent n’était pas destiné à enrichir des réseaux, financer des fidélités politiques ou alimenter des circuits opaques. Il devait servir à soulager les populations meurtries par les massacres, les viols, les déplacements forcés et les violences armées dans l’ancienne province orientale.

C’est précisément ce qui rend les révélations actuelles aussi choquantes.
Lors du procès en cours, le Président du Conseil d’administration du FRIVAO a livré des déclarations particulièrement lourdes de conséquences. Le PCA a notamment dénoncé le paiement de 2 000 dollars à certains membres de la NOGEC, parti politique de Constant Mutamba. Une révélation explosive qui laisse apparaître de possibles dérives dans l’utilisation des ressources liées au fonds destiné aux victimes.
Cette déclaration a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique.
Car si ces faits venaient à être établis par la justice, ils démontreraient que l’argent censé réparer les souffrances des victimes aurait servi à alimenter des logiques politiques et clientélistes totalement incompatibles avec la mission du FRIVAO.

Mais le tournant majeur est venu du Sénat.
Le 5 mai 2026, devant les sénateurs, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a dressé un tableau particulièrement inquiétant de la situation du FRIVAO. Ses déclarations ont confirmé l’existence de graves dysfonctionnements dans la gestion du fonds.


Le ministre a révélé que sur les 195 millions de dollars disponibles, seuls 28 millions auraient réellement été versés aux victimes. Plus troublant encore, le nombre de bénéficiaires serait passé de 3 000 à plus de 14 000, laissant apparaître de fortes présomptions de fraude dans le fichier des bénéficiaires.

Ces chiffres donnent le vertige.
Comment un fonds aussi sensible a-t-il pu connaître une telle explosion du nombre de bénéficiaires sans mécanisme de contrôle efficace ? Comment expliquer qu’une si faible partie des ressources ait effectivement atteint les victimes alors que des sommes colossales étaient disponibles ?

Face à cette situation, Guillaume Ngefa a annoncé un vaste plan de redressement articulé autour de trois axes : l’assainissement financier et organisationnel du FRIVAO, un audit indépendant du fichier des bénéficiaires ainsi que l’adoption de procédures transparentes de gestion.

Le ministre a également annoncé des mesures fortes, notamment la suspension du Président du Conseil d’administration et la réorganisation des organes de gestion du fonds.

Ces annonces confirment indirectement ce que Firmin Mvonde soutenait depuis le début : le dossier FRIVAO ne relevait pas d’une cabale politique, mais d’un véritable problème de gouvernance, de transparence et de protection des ressources publiques.

Avec le recul, l’intervention du Procureur général apparaît aujourd’hui comme un acte majeur de sauvegarde des intérêts de la République.
Car sans l’action du parquet, plusieurs millions de dollars du FRIVAO placés dans un compte privé auraient peut-être échappé à tout contrôle public.

Cet argent, aujourd’hui récupéré et restitué à l’État, peut désormais servir à financer les réparations attendues par les victimes. Il peut contribuer à redonner un peu de dignité à des populations abandonnées depuis des années aux conséquences de la guerre.
C’est cela que certains semblent avoir oublié dans cette affaire : derrière les procédures judiciaires et les affrontements politiques, il y a des vies humaines.

Chaque dollar détourné du FRIVAO représente une victime privée de réparation.

Chaque manipulation autour de ce fonds constitue une blessure supplémentaire infligée à des populations déjà meurtries.

Dans ce contexte, Firmin Mvonde Mambu mérite aujourd’hui d’être regardé autrement. Non comme l’homme que certains ont voulu présenter à travers des attaques politiques, mais comme un magistrat qui a assumé le coût institutionnel de son courage.


Car il fallait du courage pour s’attaquer à un dossier impliquant un ancien ministre de la Justice.
Il fallait du courage pour résister aux campagnes de discrédit.
Il fallait du courage pour maintenir la pression judiciaire malgré les insultes, les intimidations et les accusations.


Mais aujourd’hui, les faits lui donnent raison.
Les révélations du PCA du FRIVAO.
Les chiffres alarmants exposés par Guillaume Ngefa au Sénat.
Les soupçons de fraudes massives dans le fichier des bénéficiaires.
Les anomalies financières mises au jour.

Tout cela renforce progressivement une conviction dans l’opinion : Firmin MvondeMambu avait vu juste avant tout le monde.
Le dossier FRIVAO est désormais bien plus qu’un simple procès. Il est devenu un test historique pour l’État de droit en République démocratique du Congo.

Et dans cette bataille pour la vérité, une chose paraît déjà certaine : pendant que certains tentaient de protéger des intérêts politiques, Firmin Mvonde, lui, travaillait à protéger l’argent des victimes et à sauver la crédibilité de la République.

Kevin INANA TSHIBALOKA, Expert en Communication