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Goma: Mode comme « Sauti ya Mitindo », un festival veut donner aux femmes

congolais telema /patrie ou la mort

Longtemps associée aux conflits armés, aux catastrophes naturelles et à l’instabilité, la ville de Goma, dans la province du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo, a écrit une nouvelle page de son histoire. Pour la première fois, la ville de Goma a accueilli, le 30 décembre dernier, un festival de mode : Sauti ya Mitindo (La Voix de la Mode), un événement inédit placé sous le thème puissant de la Renaissance.


Bien plus qu’un simple rendez-vous de haute couture, ce festival se veut un manifeste artistique et social, mettant en lumière le courage, la créativité et le talent des femmes dans une région où créer relève souvent de l’acte de résistance.

Goma, une ville debout malgré les épreuves

Ville résiliente, marquée par les éruptions du volcan Nyiragongo et des années de conflits armés, Goma continue pourtant de rayonner par sa vitalité culturelle. Aujourd’hui, ses talents locaux attirent l’attention de toute la région des Grands Lacs, prouvant que l’art peut fleurir même sur des terres meurtries.

À l’initiative de Sauti ya Mitindo se trouve Sifa Aline Ndaliko, styliste et modéliste de 25 ans, née à Goma. Formée entre la Tanzanie et Kinshasa, elle a fait le choix fort de revenir chez elle pour mettre son expertise au service de sa communauté.
Fondatrice et CEO de l’Alinda Fashion Academy, elle a transformé un simple atelier en un véritable espace d’autonomisation féminine. À ce jour, plus de 70 jeunes filles et femmes y ont été formées aux métiers de la mode, leur offrant une alternative concrète à la précarité dans un contexte de guerre persistante.
“Cette jeune femme a changé ma vie”
Parmi les bénéficiaires de cette initiative, Mme Alice, une trentenaire formée à l’académie, témoigne avec émotion :
« Je me suis retrouvée assise sur le même banc que des jeunes filles, apprenant la corseterie à la main et bien d’autres techniques. Cette jeune femme a changé ma vie. »
Aujourd’hui, l’Alinda Fashion Academy accueille des apprenant(e)s venus du Nord-Kivu, de l’Ituri, du Sud-Kivu, mais aussi de pays voisins, faisant de Goma un véritable carrefour régional de formation artistique.

Créer malgré la guerre

Pour Sifa Aline Ndaliko, la créativité ne doit pas céder face à la violence :
« Ce n’est pas parce que nous sommes en guerre que tout doit s’arrêter. Ce n’est pas facile, nous travaillons avec nos propres moyens. Il n’y a pas encore de grands financements, mais nous faisons avec ce que nous avons. »

Un message fort dans un contexte où persévérer est déjà un acte de courage.

Un engagement salué par le monde culturel
Samuel Abiba, journaliste engagé et chargé de l’organisation du festival, se souvient de leur première rencontre en 2019 à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM-Goma) :
« Sifa était déjà une étudiante intelligente et novatrice. Aujourd’hui, je suis convaincu de ne pas m’être trompé en marchant à ses côtés. Son engagement pour la culture et pour faire entendre la voix des opprimés est un pas immense pour l’avenir de notre région. »

La mode comme voix d’espoir

Avec Sauti ya Mitindo, Goma ne célèbre pas uniquement la mode. La ville affirme que l’art, la culture et l’autonomisation des femmes peuvent devenir de puissants leviers de transformation sociale, même dans les contextes les plus fragiles.
Ce premier festival de mode s’annonce comme un message d’espoir, une vitrine du génie créatif congolais et un appel fort à la reconnaissance internationale des talents qui émergent de l’est de la République démocratique du Congo.

Claude Baguma/Goma