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Youssef Branh à la Publishers Conference de Sharjah 2025 aux Émirats arabes unis

Le poète, slameur et éditeur congolais Youssef Branh a représenté avec brio la République démocratique du Congo à la Publishers Conference 2025, organisée en marge de la 44ᵉ édition du Sharjah International Book Fair, aux Émirats arabes unis. Ce rendez-vous mondial, considéré comme l’un des plus grands salons du livre au monde, a réuni plus de 550 éditeurs venus des cinq continents, du 1ᵉʳ au 5 novembre 2025, dans la capitale culturelle des Émirats.

Cette participation, rare pour un acteur du livre d’Afrique centrale, consacre la montée en puissance de la scène éditoriale congolaise sur la scène internationale et confirme la place de Kinshasa dans la cartographie mondiale des échanges autour du livre et de la lecture.

congolais telema / patrie

Une voix africaine dans les débats mondiaux de l’édition

Pour Youssef Branh, sa présence à Sharjah dépasse le cadre d’une simple représentation. Elle symbolise un acte de visibilité et de légitimation pour la littérature d’Afrique francophone, souvent sous-représentée dans les grands circuits commerciaux du livre.

« Ma participation à la conférence de Sharjah est une manière de dire que le Congo, et plus largement l’Afrique centrale, ont des choses à apporter à la conversation mondiale sur l’édition. C’est un pont entre Kinshasa et le monde, une ouverture pour nos auteurs, nos maisons d’édition et nos lecteurs », explique-t-il.

À la tribune, le poète-éditeur a pris part à plusieurs panels. Sa première intervention portait sur le commerce des droits entre les maisons d’édition africaines et européennes, un sujet crucial dans le contexte actuel de mondialisation des contenus. Il y a montré comment les éditeurs d’Afrique francophone peuvent tirer profit de l’intérêt croissant des maisons européennes pour les écritures de résistance et de mémoire issues du continent.

« Il y a aujourd’hui un vrai désir, en Europe, de comprendre les sociétés africaines à travers les voix de leurs propres auteurs. Cet intérêt crée des opportunités inédites pour nos écrivains et nos éditeurs, mais il faut savoir en tirer parti avec stratégie et fierté », confie le jeune éditeur de Kinshasa.

Le livre audio : un avenir pour la lecture en Afrique

Dans une autre intervention très remarquée, Branh a abordé un thème cher à son engagement : la tradition orale et le développement du livre audio sur le continent africain. Selon lui, l’audio n’est pas seulement une tendance mondiale, mais une solution adaptée aux réalités économiques et culturelles africaines.

« Le livre audio permet de démocratiser l’accès à la lecture. Il est moins coûteux, plus écologique, et surtout, il s’accorde à notre héritage oral. Dans des régions où acheter un livre papier reste un luxe, écouter un poème, un roman ou un conte devient un acte d’inclusion culturelle », a-t-il plaidé devant un auditoire composé d’éditeurs, de traducteurs et de professionnels du livre.

Cette réflexion s’inscrit dans le prolongement des initiatives qu’il développe à Kinshasa à travers ses projets LaboBook et MwanaLab, qui visent à créer des espaces de lecture audio, de formation et de création littéraire pour les jeunes.

Un parcours tissé de poésie et d’engagement

Derrière l’éditeur passionné se cache un créateur multiple, enraciné dans la littérature et engagé dans la transformation culturelle de son pays.
Né à Kinshasa, Youssef Branh est poète, slameur, journaliste et opérateur culturel. Il a publié son premier recueil de poèmes en 2017, puis sept autres ouvrages, dont Etcetera (2024), un recueil de poésie orale conçu pour la scène.

Lauréat de cinq prix littéraires internationaux, il a été honoré en 2020 du Trophée des 100 Jeunes Espoirs de la RDC pour son engagement dans la promotion des arts et de la culture.
Sur scène comme dans ses textes, il mêle poésie, théâtre et performance, dans une écriture qui oscille entre la mémoire collective et la quête de liberté individuelle.

« Ma démarche est à la fois poétique et sociale. J’écris pour réparer les voix, pour transformer la douleur en espérance, et pour rappeler que la poésie peut être une forme d’action », dit-il avec conviction.

Les Éditions Mikanda : une vision née à Kinshasa

Fondées en 2020, les Éditions Mikanda sont rapidement devenues un pilier de la nouvelle génération d’éditeurs congolais. Basée à N’djili, cette maison d’édition indépendante se donne pour mission de publier, promouvoir et faire voyager la littérature congolaise et africaine, en privilégiant la jeunesse, la diversité des genres et l’innovation.

« Mikanda, c’est d’abord une idée : celle de rendre le livre accessible à tous. Nous publions des auteurs émergents, nous expérimentons le livre numérique et le livre audio, et nous participons à des salons internationaux pour vendre les droits de traduction », explique le poète congolais.

Avec un catalogue déjà riche — romans, poésie, essais, jeunesse — Mikanda s’impose comme un laboratoire d’expérimentation littéraire. Son centre culturel éponyme, le Centre Culturel Mikanda, est devenu un lieu de vie et de création pour les jeunes artistes de Kinshasa.
C’est également un espace d’initiatives communautaires : clubs de lecture, projections de films, scènes slam, ateliers d’écriture et formations éditoriales y côtoient un engagement constant pour la promotion de la lecture et la diffusion du savoir.

Une reconnaissance internationale

La Publishers Conference 2025, organisée par la Sharjah Book Authority en partenariat avec la New York University (NYU) School of Professional Studies, s’est conclue par la remise de certificats de participation à tous les éditeurs présents. Pour le responsable du Centre culturel Mikanda, ce document est bien plus qu’une formalité : c’est une reconnaissance du travail accompli et un symbole de la place que la RDC peut occuper dans les débats mondiaux sur l’avenir du livre.

« Cette expérience me pousse à poursuivre le combat pour une édition africaine forte, solidaire et connectée au reste du monde. Nous devons construire nos propres modèles, inventer nos propres circuits et croire en la puissance de nos récits », affirme-t-il.

Avec sa participation à Sharjah, Youssef Branh inscrit la RDC dans le cercle restreint des acteurs du livre qui comptent sur la scène mondiale.
Son engagement dépasse la littérature : il s’agit d’un projet culturel, éducatif et politique, porté par une foi inébranlable dans la force de la parole et la nécessité de bâtir un écosystème du livre durable en Afrique.

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