Je suis catholique. Je suis pratiquant.
Et aujourd’hui, je parle en tant que fils de l’Église et fils du Congo, avec un cœur blessé et une colère digne.
Je suis resté choqué par l’image que l’épiscopat congolais a renvoyée au peuple. Le président de la CENCO à Goma, souriant, riant avec Corneille Nangaa, alors que la ville venait à peine de subir un massacre. Un massacre perpétré par le M23, avec l’appui logistique avéré de l’armée rwandaise. Du sang congolais venait de couler sur le sol de Goma. Des mères, des pères, des enfants ont été tués. Et pendant ce temps, on échangeait des rires.
Où était la voix prophétique de l’Église ce jour-là ?
Où était la convocation d’une session extraordinaire de la CENCO pour condamner ces massacres en termes clairs, sans équivoque, sans langue de bois ?
Le silence face au sang versé est une complicité. Et le rire face à la douleur du peuple est une cruauté.
Voilà maintenant que la CENCO surgit, mobilise, parle fort. Mais pas pour les morts de Goma. Pas pour les déplacés de l’Est. Pas pour les viols, les pillages, l’occupation d’une partie de notre territoire. Non.
La CENCO surgit uniquement pour la question des réformes constitutionnelles.
Le message est clair, même s’il n’est pas dit à voix haute : le vrai combat de la CENCO aujourd’hui, c’est le départ de Félix Tshisekedi du pouvoir. Ce n’est plus la défense de la vie, ce n’est plus la défense du peuple congolais. C’est devenu un combat politique partisan, masqué derrière l’autel.
Messeigneurs, l’Église n’est pas un parti politique. Le Christ n’a pas versé son sang pour qu’on l’utilise comme levier dans une guerre de pouvoir à Kinshasa.
Il faut que cela soit dit : il y a des catholiques qui croient au combat de Félix Tshisekedi. Il y a des catholiques qui voient en lui un président qui refuse de brader le pays, qui parle de souveraineté, qui tente de reconstruire un État délabré après des décennies de pillage. J’en fais partie.
Nous ne sommes pas des ennemis de l’Église. Nous sommes des enfants de l’Église qui refusent qu’elle soit instrumentalisée contre le peuple qu’elle prétend défendre.
Nous voulons une Église qui pleure avec ceux qui pleurent. Une Église qui condamne le M23 et ses parrains sans trembler. Une Église qui met la vie du Congolais au-dessus des calculs politiques.
Tant que la CENCO gardera le silence sur les massacres et ne parlera que des élections et de la Constitution, elle perdra la confiance d’une partie de ses fidèles. Parce que le peuple ne confond pas. Le peuple voit. Le peuple se souvient.
À Goma, le sang a crié. Et l’Église s’est tue.
Aujourd’hui, pour la Constitution, l’Église crie.
Que le peuple juge.
Martin Mudimbi Kapenga
Journaliste catholique
