Album « ADN » : le pari risqué de Gally Garvey !

Entre hommages aux légendes, sonorités nostalgiques et nouvelles explorations musicales, Gally Garvey Kabata a présenté dix titres de son prochain album « ADN », lors d’une séance d’écoute organisée au Salon Congo, à Kinshasa.
Prévue pour le 16 octobre, la sortie de cet opus marque une volonté assumée de renouer avec ses racines de la rumba congolaise qu’il a dans son ADN.
“Au Salon Congo, tous les ingrédients étaient réunis pour une soirée mémorable. D’une pierre deux coups, l’artiste originaire de la commune de Lemba a offert au public un avant-g…
Arts.cd · MUSIQUE / DANSE
Au Salon Congo, tous les ingrédients étaient réunis pour une soirée mémorable. D’une pierre deux coups, l’artiste originaire de la commune de Lemba a offert au public un avant-goût de son deuxième album tout en assurant une prestation live de quelques-uns de ses anciens tubes, dont « Sorcellerie ». Ses fans, parmi lesquels Prisca Efomi, fidèle de la première heure, ont répondu présent dans une salle remplie comme un œuf.
L’événement avait toutefois des allures de fête plutôt que d’une séance d’écoute classique. Dans cette ambiance festive, difficile de saisir distinctement les paroles des dix chansons dévoilées. En revanche, les rythmes, les arrangements et les couleurs musicales laissaient entrevoir la direction artistique choisie. Une musique rumba congolaise revendiquée, nourrie par les sonorités d’hier et ouverte aux sensibilités d’actuel « rumba congolaise ya ki lelo ».
De sa génération, Gally Garvey figure parmi les rares artistes qui ont choisi ce lieu prestigieux pour présenter leur projet musical devant un public soigneusement réuni. Sa collaboration avec JB Mpiana, disons-le, ne se limite d’ailleurs pas à la musique, elle semble aussi traduire une volonté de se rapprocher d’un public classe attaché à la rumba et à des rendez-vous valeureux.
Entre héritage et filiation musicale
Avec « ADN », le chanteur s’aventure sur les traces de ses aînés. Plusieurs titres dévoilés témoignent de cette quête d’identité musicale. « Guerrier », hommage à sa mère, laisse entrevoir des emprunts à l’univers de Gato Beevens, dont l’histoire personnelle et musicale résonne également avec la douleur de la perte maternelle.
Sur « Ngo », Gally Garvey semble vouloir se mesurer à l’élégance vocale et au savoir-faire de JDT Mulopwe. Des rapprochements similaires se dessinent dans « Zonga », une chanson dédiée à Christian Tshiminyi, surnommé le Baron. Quant à « Dahlia », le titre joue sur un équilibre entre douceur et mélancolie.
Ces références ne relèvent pas seulement de la nostalgie, plutôt elles participent à la construction d’une identité artistique qui cherche à renouer avec les codes de la rumba congolaise, tout en affirmant une signature propre. Une démarche qui mérite d’être saluée, tant elle rappelle que l’innovation musicale peut aussi naître d’une connaissance approfondie de son patrimoine.
King Kester Emeneya, Koffi Olomide et Madilu, les ombres tutélaires
L’hommage aux légendes de la rumba prend une dimension particulière avec plusieurs autres titres. « 100 ans » évoque, chez les puristes, les couleurs musicales du Tshatsho du Koffi Olomide, avec une douceur qui invite à l’écoute attentive.
« Amour nayo » apparaît comme un clin d’œil à Madilu Système et à sa chanson « Magalie ». Les admirateurs de King Kester Emeneya, eux, devraient retrouver un écho familier dans « Que toi », où Gally Garvey revisite certaines phrases de « Admirable ». Aura-t-il l’aisance de se tenir, lors du clip vidéo, comme le vieux Kester ?
À lire aussi : Gally Garvey au CCAPAC, le concert de la maturité !
D’autres morceaux, « Lina », « Na suki awa » et « Jessica », complètent ce tableau musical, entre références classiques, influences françaises et touches contemporaines. Une forme de rumba 2.0, où le RnB vient parfois colorer les arrangements sans effacer l’empreinte du genre.
Pari stratégique sur l’écosystème de la rumba
Pour Yan Mambo, réalisateur et initiateur du festival « Fièrement Ndundu », Gally Garvey bénéficie d’un atout important qui est ses relations privilégiées avec les grandes figures de la rumba congolaise me.
« Il est le seul artiste qui n’a pas de problème avec tous les grands de la rumba congolaise », a-t-il déclaré, considérant cette proximité comme un avantage pour la suite de sa carrière.
Selon lui, le choix d’un album entièrement consacré à la rumba pourrait également permettre au chanteur d’intégrer davantage le réseau des artistes et des publics attachés à cette musique. Il s’agirait ainsi de toucher un public prêt à investir dans des concerts de rumba, tout en élargissant l’audience de l’artiste au-delà de son univers habituel.
Ce positionnement est d’autant plus intéressant que la rumba congolaise, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reste un puissant marqueur de l’identité musicale du pays. En choisissant de puiser dans cet héritage, Gally Garvey tente de s’inscrire dans une continuité, sans renoncer à sa génération.
Le courage d’aller brouter les herbes mielleuses de la montagne !
Reste la question de la scène. Lors de son interprétation de « Sorcellerie », la voix aiguë et séduisante de Gally Garvey a parfois semblé perdre de son charme au contact de sa chorale exclusivement masculine.
Cette observation n’enlève rien à l’ambition du projet. Elle ouvre plutôt une piste de réflexion sur la manière de mieux traduire sur scène les subtilités vocales.
Le 16 octobre prochain, la sortie de cet album permettra de juger pleinement si cette plongée dans les racines de la rumba peut devenir un nouveau tournant dans sa carrière. Avec son album « ADN », Gally Garvey veut rappeler que, pour inventer son avenir, la musique congolaise peut aussi avoir besoin de regarder ses origines.
Onassis Mutombo
Commentaires
Soyez le premier à réagir à cet article.


