Découverte | Le Laritologue, un jeune congolais fait du « lari » une source de fierté et de rire

Il s'est inventé un métier : « Laritologue ». Derrière ce surnom aussi drôle qu'original se cache un créateur de contenu, Dycreche Nzanga, de son vrai nom, qui fait rire des milliers d'internautes tout en redonnant ses lettres de noblesse à la langue lari.
“À travers des vidéos pleines d'humour, il prouve qu'une langue maternelle peut être moderne, populaire et fièrement assumée. Pour Le Reg'Arts de Lauryathe, il revient sur son pa…
Arts.cd · DECOUVERTE
À travers des vidéos pleines d'humour, il prouve qu'une langue maternelle peut être moderne, populaire et fièrement assumée. Pour Le Reg'Arts de Lauryathe, il revient sur son parcours, sa passion et sa vision de la culture de la langue LARI parlée essentiellement au Congo-Brazzaville.
Pourquoi avoir choisi le nom "Laritologue" ? Que signifie-t-il pour vous ?
J’ai choisi ce nom parce que, pour moi, je l’ai trouvé stylé avant tout, mais il y a aussi une petite anecdote derrière. J’ai un grand du quartier qui s’appelle Cravatologue. C’était un vrai sapeur et je l’ai toujours pris comme modèle. Quand je me suis lancé dans la comédie, j’ai choisi de faire ma comédie autour de cet univers : j’incarne un sapeur qui n’a pas suffisamment de tenues, mais qui est très bavard. J’ai automatiquement pensé à lui, d’où m’est venue l’idée d’incarner ce nom. Si je devais donner sa signification exacte, « Laritologue » représente simplement le mariage entre la langue lari et la sape.
Vous êtes devenu une figure très suivie sur TikTok. Vous considérez-vous comme un humoriste, un créateur de contenu ou un ambassadeur de la langue lari ?
Je dirais que je suis un peu tout cela à la fois. Je suis avant tout humoriste et créateur de contenu, mais à travers mes vidéos en lari, je me considère également comme un ambassadeur de cette langue et, d’une certaine manière, comme un professeur qui contribue à la faire découvrir et aimer.

Vos vidéos sont presque toujours en lari. Certaines personnes associent encore la pratique d’une langue maternelle à un manque d’instruction. Quel regard portez-vous sur cette idée ?
Pour moi, c’est avant tout un combat que j’ai choisi de mener en tant que Lari : parler ma langue de naissance dans mes vidéos. Parler sa langue maternelle n’est absolument pas un signe de manque d’instruction. Au contraire, c’est une richesse culturelle et une fierté.
Pensez-vous que les langues africaines ont toute leur place sur les plateformes numériques comme TikTok ?
Oui, absolument. C’est une chance de faire connaître et de valoriser nos langues à travers le monde grâce à nos vidéos. Les plateformes numériques nous permettent aujourd’hui de montrer que nos langues africaines ont toute leur place dans l’univers numérique.
Voir ses vidéos sur TikTok :
https://www.tiktok.com/@laritologue.2?_r=1&_t=ZN-98WIcQdggb4
Vous maniez le lari avec une aisance remarquable. Est-ce une langue que vous avez toujours parlée à la maison ou avez-vous dû la réapprendre et l’approfondir ?
C’est une langue que j’ai toujours parlée à la maison. Et j’aime tellement cette langue que je ne peux pas m’en passer.
Le rire occupe une place centrale dans vos vidéos. Selon vous, qu’est-ce qui fait rire lorsqu’on parle en lari ?
Je dirais : tout à la fois. La langue lari est, pour moi, l’une des plus belles langues du monde. Quand j’ajoute mes scénarios qui parlent du quotidien de certains couples congolais, ainsi que les expressions que j’utilise, cela ne peut que faire rire. À moins que tu aies les dents jaunes et que tu aies peur de les exposer devant les gens ! C’est peut-être la seule raison qui pourrait t’empêcher de rire.
Beaucoup de jeunes découvrent ou redécouvrent le lari grâce à vous.
Recevez-vous des messages de personnes qui vous disent avoir envie de parler davantage leur langue maternelle ?
Oui, je reçois beaucoup de messages de ce genre, et cela me donne encore plus envie de continuer. Je me sens à la fois ambassadeur de cette langue et professeur, parce que mes contenus donnent envie à certaines personnes de renouer avec leur langue maternelle.
Quel regard portez-vous sur l’avenir de la langue lari ?
Je pense qu’en tant que parents, nous devons inciter nos enfants à parler cette langue, car elle fait partie de notre patrimoine. Sinon, nous risquons de la tuer petit à petit et, malheureusement, de perdre une partie de notre identité congolaise.
Vos vidéos semblent simples, mais elles demandent sûrement beaucoup de travail. Comment naît une idée ? Écrivez-vous vos textes ou improvisez-vous ?

J’ai très souvent fait les deux. Il m’arrive d’écrire des textes et, parfois, je prends simplement mon téléphone, je parle avec mon cœur et… bingo ! J’ai créé un contenu.
Si vous pouviez réaliser une vidéo avec une personnalité historique ou contemporaine de votre choix, qui inviteriez-vous et pourquoi ?
Sans doute notre légende Kaba Ndoudi, Papa Kabas. Pour moi, ce serait un rêve fou de réaliser une ou deux vidéos avec ce monsieur, parce que c’est lui qui m’a donné cette envie de faire de la comédie.
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Le Festival tuSeo s’intéresse depuis plus de vingt ans au rire sous toutes ses formes. Que représente le rire pour vous, au-delà du divertissement ?
Le rire fait partie de moi. Sans le rire, je ne sais pas ce que je pourrais devenir. Je ne peux pas passer une journée sans rire ou faire rire quelqu’un. Donc, le rire est en moi. Et surtout, le rire est une thérapie avant tout.
12. En cinq images :
• Un mot en lari : « Louzolo ».
• Un proverbe lari : « Bolé bandu bu kaka bo songo ».
• Une chanson congolaise : « Kongo ekolo na biso, to linga na ye… » de Jacques Loubelo.
• Un lieu de votre enfance : je vais un peu tricher et en citer deux : Massina et Ouenzé.
• Une raison de rire aujourd’hui : parce que le rire est une thérapie avant tout.
Le Regard du Reg'Arts
En créant le mot « Laritologue », cet artiste ne s'est pas contenté d'inventer un pseudonyme. Il a créé une identité. Dans chacune de ses vidéos, il rappelle que les langues maternelles ne sont pas seulement des héritages du passé : elles sont des espaces de création, d'humour et de liberté. À une époque où beaucoup de jeunes cherchent à exister sur les réseaux sociaux, lui a choisi d'exister d'abord dans sa propre langue. C'est peut-être là sa plus belle réussite.
Lauryathe BIKOUTA-LOUTAYA
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