Kinshasa · mardi 11 août
LE REG'ARTS DE LAURYATHE*

Découverte : GVNG VEGAS, la nouvelle voix du Congo qui fait vibrer les réseaux sociaux

Découverte : GVNG VEGAS, la nouvelle voix du Congo  qui fait vibrer les réseaux sociaux

Six artistes, six personnalités, mais une même ambition : faire rayonner leur musique et le Congo. Porté par le succès de leur cover Kolo Kolo, GVNG VEGAS impose progressivement un univers où se rencontrent sonorités urbaines, langues congolaises, humour et identité culturelle.

 

Ils sont six et revendiquent « six voix pour une seule voie ». MP King, Deuzess, Sekraa, Atout Dugame, Jake Crush et JP Kent forment GVNG VEGAS, un collectif né presque naturell…

Arts.cd · DECOUVERTE

Ils sont six et revendiquent « six voix pour une seule voie ». MP King, Deuzess, Sekraa, Atout Dugame, Jake Crush et JP Kent forment GVNG VEGAS, un collectif né presque naturellement d'une collaboration musicale devenue aventure commune. Avec leur cover Kolo Kolo, porté notamment par la musicalité du lari et propulsé par les réseaux sociaux, ces jeunes artistes congolais ont réussi à faire danser, chanter et sourire un public toujours plus large. Mais derrière le phénomène viral se dessine surtout l'ambition d'une génération : créer avec les codes de son époque sans se couper de ses langues, de ses réalités et de son identité.

 

D'un featuring à une aventure collective

 

L'histoire de GVNG VEGAS commence alors que ses membres évoluent encore en solo. Un morceau connaît un certain succès lors des showcases. Le public, qui ne maîtrise pas nécessairement les noms des différents artistes, finit par les réclamer en utilisant le titre de cette chanson. Lorsque l'aventure collective prend forme, ce nom qui les réunissait déjà dans l'esprit du public devient naturellement celui du groupe.

Le véritable déclic intervient avec MANMANKITCHION, leur première apparition à six sur un même featuring.

 

« Cela s'est fait naturellement », racontent-ils.

Aujourd'hui, chacun apporte sa pierre à l'édifice. MP King est le leader du groupe, Deuzess en assure la direction artistique, Sekraa s'occupe notamment de la communication, tandis qu'Atout Dugame compose et produit également sous son nom de beatmaker, Mufazo. Jake Crush et JP Kent participent, entre autres, aux démarches liées aux prestations, même si le groupe insiste sur le caractère collectif de ces différentes responsabilités.

 

Pourquoi rester à six ?

La réponse fuse : « Ensemble, on est plus forts. »

Puis vient une expression lari qui résume peut-être mieux encore leur philosophie : « Ta béno même moral » - littéralement « ayons le même moral », à comprendre ici comme « partageons la même vision ». Six personnalités donc, mais une ambition commune.

 

« Notre langue est notre carte d'identité »

GVNG VEGAS définit son univers comme « une célébration de l'identité congolaise, entre traditions réinventées et influences urbaines ».

Le groupe puise son inspiration dans la vie quotidienne, les réalités de la jeunesse, l'énergie des quartiers et la diversité culturelle du Congo.

Et pourtant, contrairement à ce que le succès de Kolo Kolo pourrait laisser penser, les six artistes ne décident pas à l'avance de la langue dans laquelle ils vont chanter. « Nous ne choisissons pas vraiment la langue. Nous chantons tout simplement dans celle qui nous vient au moment où nous composons. »

Français, lari ou autres langues congolaises peuvent ainsi trouver naturellement leur place dans leur création.

Mais lorsqu'on leur demande ce que représente la langue maternelle dans leur musique, leur réponse est particulièrement évocatrice : « Elle est notre carte d'identité pour ceux qui nous écoutent sans nous connaître. » Un choix artistique, assurent-ils, mais également un engagement culturel.

 

Kolo Kolo : un freestyle devenu phénomène

 

L'histoire de Kolo Kolo aurait presque pu s'arrêter à une improvisation entre jeunes artistes. Tout commence en effet par un freestyle réalisé « en pleine street ». La séquence est publiée sur les réseaux sociaux et rencontre immédiatement son public. Les internautes réclament alors une version studio. Le groupe s'exécute, puis vient le teaser.

 

Les vues s'accumulent, les reprises et challenges se multiplient sur TikTok : GVNG VEGAS comprend que quelque chose est en train de se passer. « Nous ne nous attendions pas vraiment à un tel succès», reconnaissent-ils, avant de préciser que cela ne les a pas totalement surpris pour autant : chaque morceau est travaillé avec l'ambition de rencontrer son public.

 

Dans leur adaptation, les artistes jouent notamment avec le mot « bukolo », qu'ils expliquent par l'idée d'être intransigeant. La chanson met en scène une femme (Monica) qui refuse les avances d'hommes ne correspondant pas à ses critères, notamment sur le plan matériel. Une situation du quotidien, une pointe de dérision et surtout une langue dont la musicalité semble avoir fait le reste.

 

À la question du secret de Kolo Kolo, GVNG VEGAS répond sans détour : « Le secret de cette chanson, c'est le lari. Il lui apporte cette originalité, même s'il s'agit d'un remix. »

 

Quand une chanson fait aussi redécouvrir une langue

 

C'est probablement l'une des dimensions les plus intéressantes du phénomène Kolo Kolo. La chanson fait danser. Elle fait sourire. Mais elle donne également envie de comprendre ce qui est chanté.

 

Je peux ici en témoigner personnellement. Étant moi-même lari, j'ai été surprise de découvrir, grâce à cette chanson interprétée par une génération bien plus jeune, certains mots de ma propre langue que je ne connaissais pas encore.

 

Voilà peut-être l'une des plus belles forces d'une langue vivante : même lorsqu'on croit la connaître, elle continue de nous apprendre quelque chose.

 

GVNG VEGAS ne prétend d'ailleurs pas être investi d'une mission linguistique. Le groupe crée avant tout de la musique. Mais en choisissant de ne pas gommer les langues qui leur viennent spontanément lorsqu'ils composent, ces jeunes artistes participent, à leur manière, à leur transmission et à leur circulation auprès d'une génération très connectée.

 

TikTok, nouvelle fabrique des succès ?

 

Les réseaux sociaux occupent une place particulière dans l'histoire du groupe. Déjà, MANMANKITCHION, qui avait participé à la naissance de GVNG VEGAS, avait rencontré son public sur TikTok. Avec Kolo Kolo, le phénomène se reproduit à une autre échelle.

Mais comment vit-on le moment où son morceau commence à être repris par des centaines d'internautes ?

Le groupe répond avec une jolie image : « Un morceau qui buzz, ça fait toujours plaisir. On se sent comme un père qui voit son enfant réussir. »

 

Pour eux, les réseaux sociaux occupent désormais une place incontournable dans la diffusion musicale. Les smartphones font partie du quotidien et les nouvelles générations découvrent très souvent les artistes par leur intermédiaire. Mais GVNG VEGAS ne veut pas raconter un Congo uniquement numérique.

 

Raconter le Congo 🇨🇬 tel qu'il est

 

À travers leur musique, les six artistes disent vouloir raconter « le Congo tel qu'il est » : ses réalités, ses qualités, ses difficultés et ses cultures.

Et lorsqu'on leur demande si les jeunes Congolais sont encore attachés à leurs langues, leur réponse est catégorique.

Dans les quartiers, les avenues et les ruelles, disent-ils, le lingala, le kituba, le lari et d'autres langues continuent de retentir.

 

Alors, peut-on réellement conquérir le monde en chantant dans une langue comme le lari ?

« Bien sûr. Le lari fait partie des langues qui donnent un bon rendu musical. Et quand la chanson est belle, la langue n'empêche pas son succès. » Une phrase qui résume à elle seule une certaine vision de la création : l'universel ne suppose pas nécessairement l'effacement de ce qui nous distingue.

 

Dans les coulisses de GVNG VEGAS

 

Chez GVNG VEGAS, une chanson peut commencer par un refrain, puis se construire progressivement. Elle peut également naître d'une proposition instrumentale d'Atout Dugame, alias Mufazo. Tout le monde écrit.

 

Et lorsqu'il s'agit de savoir qui fait quoi dans la bande, les réponses deviennent plus légères.

 

Atout Dugame et Sekraa seraient les plus drôles. Mais Atout Dugame décroche également le titre du plus timide. Quant aux plus exigeants, JP Kent et Deuzess semblent remporter la palme.

Pour le perfectionnisme, en revanche, impossible de départager les six : ils le revendiquent tous.

 

Du Congo vers le monde

Lorsqu'on les interroge sur leurs rêves, les ambitions sont grandes.

 

GVNG VEGAS aimerait notamment rencontrer et collaborer avec des figures telles que Fally Ipupa ou encore Magic System. Dans cinq ans, les six artistes s'imaginent à l'international, représentant le Congo sur les scènes du monde. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à formuler leur rêve ultime : devenir l'un des meilleurs groupes de leur génération, voire, selon leurs propres mots, « le meilleur groupe all time ».

 

Mais derrière cette ambition assumée apparaît une définition du succès beaucoup plus profonde. « Le succès, ce n'est pas seulement remplir des salles ou accumuler des millions de vues. Le vrai succès, c'est créer une œuvre qui survit au temps et qui touche les gens. »

Ils poursuivent :

« Entendre quelqu'un dire : “Ta musique m'a aidé à traverser une période difficile.” À partir de là, les chiffres, les récompenses et l'argent deviennent une conséquence, pas un objectif. »

 

« Nos origines sont une force, pas une limite »

À la jeunesse congolaise, GVNG VEGAS adresse enfin un message qui dépasse largement la musique :

 

« N'attendez pas que quelqu'un vous donne votre place. Travaillez, créez, osez rêver grand et restez unis. Nos origines sont une force, pas une limite. »

Et à ceux qui hésitent encore à entreprendre ou à créer depuis le Congo : « N'attendez pas que tout soit parfait pour commencer. Les plus grandes histoires naissent souvent là où personne n'y croyait. Le Congo a besoin de vos idées, de votre talent et de votre courage. Osez créer ici, osez bâtir ici. »

Lire aussi : La Laritologue, un jeune congolais fait du l’ai une source de forte et de rire !

 

Le regard du Reg'Arts

 

GVNG VEGAS appartient à cette génération d'artistes pour qui modernité et identité ne semblent plus devoir s'opposer. Ils utilisent TikTok, maîtrisent les codes des musiques urbaines et rêvent d'international, tout en faisant entendre les langues et les réalités du Congo.

 

Le phénomène Kolo Kolo rappelle ainsi une évidence que l'industrie musicale oublie parfois : pour parler au monde, il n'est pas toujours nécessaire de commencer par abandonner ce qui nous distingue.

 

Et lorsqu'on demande finalement aux six artistes de résumer GVNG VEGAS en une seule phrase, leur réponse pourrait difficilement être plus juste :« Six voix pour une seule voie. »

 

Lauryathe Bikouta
*Le Reg'Arts — Chroniques du rire & des cultures

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