Kinshasa · jeudi 20 août
ENTREPRENARIAT

Zoom: « L’entrepreneuriat congolais ne manque pas d’idées, mais des systèmes » (Ray Kabanga Mwalaba)

Zoom: « L’entrepreneuriat congolais ne manque pas d’idées, mais des systèmes » (Ray Kabanga Mwalaba)
Dr. Ray Kabanga ph. Tiers

Entrepreneur, prédicateur de l’Évangile, chrétien et père de famille, Ray Kabanga Mwalaba porte un regard singulier sur les défis de l’entrepreneuriat en République démocratique du Congo. Dans cet entretien accordé à Arts.cd, pour lui, au-delà du talent et de la volonté individuelle, la réussite dépend largement des systèmes dans lesquels évolue l’entrepreneur. Une lecture qui place l’État, le financement et la transmission intergénérationnelle au cœur de l’innovation entrepreneuriale.

L’entrepreneuriat congolais est-il réellement confronté à un déficit d’idées ? Selon Ray Kabanga Mwalaba, le problème se situe ailleurs. « Tous les défis que l’entrepreneuriat c…

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L’entrepreneuriat congolais est-il réellement confronté à un déficit d’idées ? Selon Ray Kabanga Mwalaba, le problème se situe ailleurs. « Tous les défis que l’entrepreneuriat congolais en particulier, africain en général, confronte, se tournent autour d’un seul concept qu’on appelle système », explique-t-il.

Selon cet entrepreneur, les systèmes dans lesquels évolue un individu peuvent déterminer une grande partie de sa trajectoire. « Les systèmes dans lesquels vous fonctionnez contribuent selon moi à 55 %, même 60 % de votre réussite », affirme-t-il, insistant sur l’importance de l’environnement économique, politique et social.

Pour illustrer son propos, Ray Kabanga Mwalaba évoque une réflexion attribuée à Warren Buffett sur les avantages liés à son époque et à son identité.

« Le fait d’être mâle, c’est-à-dire homme, et d’être blanc était un facteur très important », rapporte-t-il, avant de souligner que les systèmes peuvent favoriser certains profils au détriment d’autres. Son argument : le talent seul ne suffit pas lorsque l’environnement ne permet pas à ce talent de se transformer en réussite.

Le déficit de précurseurs

Parmi les principaux obstacles à l’émergence d’une véritable culture entrepreneuriale au Congo, Ray Kabanga Mwalaba identifie l’absence de précurseurs.

« L’une des choses dans notre système qui fait qu’on ne réussisse pas en tant qu’entrepreneur au Congo, c’est l’absence de précurseurs », soutient-il.

Il distingue volontairement cette notion de celle de mentor. Dans certaines communautés, observe-t-il, l’entrepreneuriat bénéficie d’une transmission familiale et communautaire. Des parents, des oncles ou des proches ayant déjà entrepris transmettent leur expérience, leurs réseaux et surtout leurs erreurs à la génération suivante.

« Ils ont des oncles, ils ont des papas, ils ont des mamans qui sont passés par l’entrepreneuriat, qui ont entrepris avant et qui les aident à éviter de commettre beaucoup d’erreurs », explique-t-il.

Pour Ray Kabanga Mwalaba, l’enjeu est donc de créer au Congo cette culture de transmission entrepreneuriale. Une génération ne devrait pas être obligée de repartir de zéro pour comprendre les mécanismes de création, de financement et de développement d’une entreprise.

Le financement, nerf de la guerre

Autre difficulté majeure, c’est l’accès au financement. Une idée innovante, aussi pertinente soit-elle, reste fragile lorsqu’elle ne peut accéder aux capitaux nécessaires à son développement.

« Quelle que soit votre créativité, si vous n’avez pas accès au financement, comme je le disais, vous n’allez pas réussir », martèle-t-il.

Cette question dépasse, selon lui, la seule responsabilité des entrepreneurs. Elle renvoie directement aux mécanismes économiques et aux politiques publiques : accès au crédit, taux d’intérêt, accompagnement des entreprises, fonds dédiés à l’entrepreneuriat ou encore fiscalité.

L’État comme architecte de l’écosystème

Dans cette vision, l’État occupe une position stratégique. « L’État, c’est l’élément le plus important du système, parce que c’est l’État qui détermine les règles, c’est l’État qui crée l’environnement », affirme Dr. Ray Kabanga Mwalaba.

Il appelle ainsi à une réflexion plus profonde sur les politiques publiques destinées aux entrepreneurs. Comment faciliter la création d’entreprises ? Comment améliorer l’accès au crédit ? Comment encourager certains secteurs innovants ? Comment mettre en place des mécanismes capables de réduire les risques liés aux premières années d’activité ?

« L’État, c’est lui qui doit effectivement établir ces systèmes qui favorisent la croissance de l’entrepreneuriat », conclut-il.

De l’entrepreneur isolé à l’écosystème entrepreneurial

La réflexion de Ray Kabanga Mwalaba invite finalement à changer de paradigme. Le succès entrepreneurial ne devrait plus être présenté uniquement comme le résultat du courage, du travail ou de la créativité d’un individu. Il doit également être pensé comme le produit d’un écosystème.

Pour la RDC, le défi consiste donc à faire émerger davantage de précurseurs, renforcer la transmission des expériences, faciliter le financement et construire un environnement réglementaire favorable à l’innovation.

Une nouvelle génération d’entrepreneurs pourrait ainsi bénéficier non seulement de la motivation nécessaire pour entreprendre, mais aussi des systèmes capables de transformer les idées en entreprises durables.

Il croit que, la véritable révolution entrepreneuriale congolaise ne consistera donc pas seulement à multiplier les entrepreneurs, mais à construire les systèmes qui permettront à leurs idées de survivre, de grandir et de créer de la valeur.

Onassis Mutombo

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