
Le Musée d’Art Contemporain et Multimédia, à l’Echangeur de Limete, accueille, du 13 mars au 1er mai 2026, l’exposition solo «Elima NoBody », du duo Mukenge/Schellhammer. L’organisation de cette expo est une cooperation entre le Musée d’Art Contemporain et Multimédia et la Kunsthalle Gissen, soutenu par le Goethe-Institut Kinshasa, sous le commissariat de Nadia Ismail.
Présentée comme une exploration de l’identité artistique et des mutations culturelles, cette exposition interroge une notion fondamentale dans l’histoire de l’art : celle de l’auteur.
La conférence de presse tenue ce jeudi 5 mars à l’Échangeur de Limete a permis aux artistes et à la curatrice de détailler la démarche et les enjeux de ce projet novateur.

Depuis dix ans, Christ Mukenge et Lydia Schellhammer peignent à quatre mains sur un même support. Au fil du temps, leurs gestes se sont entremêlés au point de rendre toute distinction entre les contributions individuelles impossible. Ce processus a donné naissance à une signature commune qui efface les frontières personnelles. À travers le concept Elima NoBody, les artistes revendiquent une œuvre sans auteur identifiable, une création qui dépasse l’ego pour devenir une entité autonome.
« C’est une œuvre qui nous dépasse, que ni lui ni moi ne pourrions réaliser seuls », a expliqué Lydia Schellhammer. Cette approche remet en question la centralité de la figure individuelle dans le champ de l’art contemporain.
Le terme Elima, issu du lingala, signifie intelligence, connaissance ou maîtrise. Les artistes rappellent toutefois que certains mots et symboles ont vu leur sens évoluer au gré de l’histoire coloniale et des mutations sociales. « Elima est un état dans lequel une personne peut se placer, atteint par l’initiation ou par des dispositions particulières innées », précise Christ Mukenge.
En choisissant ce titre, ils réhabilitent une signification enracinée dans la culture locale tout en l’inscrivant dans une réflexion contemporaine. L’exposition se situe ainsi à la croisée des héritages : tradition congolaise et regard globalisé. La dimension transnationale du projet est renforcée par la collaboration avec le Goethe-Institut.
Pour Dr Nadia Ismail, « dans le contexte allemand, l’identité de l’auteur est centrale et clairement définie ; le fait que ce duo brouille volontairement cette identification constitue une proposition audacieuse et stimulante ». L’exposition devient ainsi un espace de dialogue entre deux visions culturelles de l’art : l’une attachée à la signature individuelle, l’autre ouverte à la fusion et à la dépersonnalisation créative.
Elima NoBody s’inscrit dans la dynamique du Musée d’Art Contemporain et Multimédia, extension de l’Institut des Musées Nationaux du Congo, et bénéficie d’un cadre institutionnel et historique qui valorise à la fois le patrimoine et la création contemporaine.
Accessible à tous, l’exposition invite chercheurs, amateurs d’art et jeunes issus des milieux urbains à interroger l’identité, la mémoire et la place de chacun dans le processus créatif. Mukenge/Schellhammer vont plus loin : l’œuvre échappe à son auteur pour devenir un espace vivant et partagé, où chaque regard contribue à en enrichir la signification.
✍️ Gabriella MALENGO

