lundi, mai 25
Tous derrière les FARDC

Nord-Kivu: « Goma na kandokando », une peinture de mémoire, de douleur et d’espoir signée Wanguwabo Wanny

À travers l’art, certains artistes racontent une époque ; d’autres portent la mémoire d’un peuple. Artiste peintre visuel basé à Goma, dans la province du Nord-Kivu, Wanguwabo Wanny s’inscrit dans cette seconde démarche avec « Goma na kandokando » (Goma et ses alentours), une nouvelle collection de dix tableaux réalisés à l’acrylique sur toile.

Une série profondément humaine qui explore les blessures, la résistance et les aspirations d’une région marquée par des décennies de conflits.

Tous pour Patrie

Conçue comme une immersion dans les réalités sociales et humaines de l’Est de la République démocratique du Congo, cette collection utilise des regards, des textures, des écritures et des cartographies symboliques pour traduire des émotions souvent impossibles à exprimer par les mots.

« C’est un honneur de vous inviter à découvrir l’émotion et le langage qui résident dans ma nouvelle collection intitulée « Goma na kandokando ». À travers ces dix œuvres, je mets en lumière la résilience et la mémoire collective de l’Est de la RDC, une région confrontée à des décennies de conflits armés », explique Wanguwabo Wanny.

Plus qu’une simple exposition artistique, cette série apparaît comme une interrogation sur la condition humaine dans un espace où la violence s’est installée dans le quotidien. À travers ses œuvres, l’artiste soulève une question profonde : quelle valeur accorde-t-on à la vie humaine lorsque des innocents deviennent les victimes silencieuses des guerres qui les dépassent ?

« Chaque création explore l’espoir d’un monde de paix auquel chaque habitant rêve d’accéder, tout en posant une question fondamentale : quelle est la valeur d’une vie humaine lorsqu’une personne est fauchée par un conflit dont elle est la victime innocente ? », souligne-t-il.

Pour construire ce récit visuel, l’artiste s’appuie sur trois éléments majeurs qui structurent l’identité de la collection. Les motifs, d’abord, occupent une place centrale. Ils dessinent à la fois la géographie du Kivu et les trajectoires invisibles qui traversent les territoires meurtris.

Description des faits avec effets !

« Les motifs représentent la géographie du Kivu, mais dessinent aussi les routes qui facilitent les trafics et les violences dans les territoires menacés », précise l’artiste.

Les dreadlocks apparaissent également comme un symbole fort. Bien au-delà de leur dimension esthétique, elles deviennent une représentation de la résistance intérieure d’un peuple qui refuse de céder au désespoir.

« Les dreadlocks symbolisent le courage et la résistance d’une communauté qui préserve sa confiance et son espoir au plus profond d’elle-même », affirme Wanguwabo Wanny. Enfin, les écritures intégrées aux œuvres brisent le silence. Elles deviennent les voix d’une souffrance collective longtemps étouffée.

« Les écritures libèrent des “cris muets”, brisant le silence d’une région qui souffre depuis trop longtemps », poursuit-il.

À travers « Goma na kandokando », Wanguwabo Wanny ne livre pas seulement une collection artistique ; il propose une mémoire peinte, un témoignage visuel et un acte de résistance culturelle. Son travail rend hommage à celles et ceux dont les vies ont été emportées par les conflits, tout en adressant un message de solidarité à ceux qui continuent à vivre malgré les blessures.

« Cette collection est un hommage vibrant à toutes les vies fauchées par la guerre, et un message d’encouragement pour ceux qui continuent de survivre malgré tout », conclut l’artiste.

Dans un contexte où les images de guerre saturent les récits sur l’Est congolais, « Goma na kandokando » choisit une autre voie : celle de l’art comme espace de mémoire, de dignité et d’espérance.

Onassis Mutombo