Kinshasa · mercredi 19 août
MUSIQUE / DANSE

Et si c’était lui, l’artiste urbain de la décennie ?

Et si c’était lui, l’artiste urbain de la décennie ?
Gaz Fabilouss lors du concert de 10 ans de carrière ph. Tiers

Il incarne le courage. Il est le reflet de l’esprit kinois, mieux, congolais. Ce 15 août 2026, le terrain GD, dans la commune de Lemba, a répondu présent à son appel pour célébrer ses dix ans de carrière musicale. À part peut-être Lexxus Legal, difficile de citer un autre artiste urbain ayant maintenu aussi longtemps le cap avec des hits à succès : Fabrice Ndongidila Kayembe, alias Gaz Fabilouss.

Kinshasa lui devait ça. La présence massive du public sur les gazons synthétiques délabrés de ce terrain mythique de la commune de la colline inspirée en témoignait.

Arts.cd · MUSIQUE / DANSE

Kinshasa lui devait ça. La présence massive du public sur les gazons synthétiques délabrés de ce terrain mythique de la commune de la colline inspirée en témoignait.

« Certaines carrières ne durent que comme une grossesse. Nous avons maintenu le cap grâce notamment à la créativité et au combat pour sortir le rap du ghetto », a déclaré Gaz Fabilouss lors de son passage à l’émission À la B’Art.

Il affirme également qu’aujourd’hui, il a réussi à donner aux rappeurs de la valeur aux yeux des producteurs, notamment en termes de cachets. « Nous avons trouvé ce mouvement en train de se contenter des miettes après les concerts. Nous avons forcé la main pour imposer le respect, au même titre que les musiciens typiques. En dix ans, quelques-uns ont été affranchis, mais nous devons conquérir le monde entier avec notre musique », soutient-il.

Les jeunes voient en lui et dans son parcours un motif de motivation. Ainsi, le terrain GD a accueilli jeunes et moins jeunes venus honorer le parcours constant et stable du « Daddy ».

Depuis l’alerte au combat avec « You Pi Ye », sorti en 2016, jusqu’à son dernier titre, « Daddy », le rappeur, né à Kinshasa, a défié les musiciens non-rappeurs, tout en contribuant à faire comprendre l’impact des acteurs du rap et de la musique urbaine dans la société congolaise.

Ces dix ans de carrière sont donc une raison de célébrer la résistance et la résilience dans un écosystème encore largement dominé par les « rumbistes ». Et face à la résurgence des clashs entre rappeurs, notamment autour des anciens du groupe MPR avec « Kolo Coop », cet événement était particulièrement attendu par ses fans, « les courageux ». Rien ne devait être laissé au hasard.

Le Guerrier, Kayembe !

En venant du centre-ville vers le terrain GD, dès la 7e Rue Limete, une banderole annonçait l’activité du jour. Une fois sur place, vers 17 heures, les techniciens étaient au four et au moulin pour régler les dernières touches.

Une liste de 87 groupes et rappeurs était prévue pour assurer la première partie avant la montée de Gaz Fabilouss.

« C’est une stratégie pour impliquer davantage de jeunes rappeurs dans un concert. Mais la difficulté reste l’accès à la scène. Vu l’heure, beaucoup vont se grincer les dents et pleurer », déclarait Deux Clizer, membre influent du collectif de Gaz Fabilouss, chargé de la direction artistique du concert.

C’est vers 21h10 que Gaz Fabilouss monte sur scène, entouré d’une dizaine de jeunes danseurs habillés en blanc. Sous les premières notes de « Azali Te », entre musique live et DJ, le terrain GD explose de joie.

Ce rendez-vous était aussi une rencontre avec l’histoire. Une tenue spéciale devait marquer la circonstance.

L’artiste opte pour une tenue afrofuturiste, comme pour projeter son ambition de partir à la conquête du monde avec sa musique. Son horizon n’est plus seulement local ou national : il vise désormais une couronne internationale, celle de « Daddy International ».

Sur sa tête, il porte une blanche Papakha, toque traditionnellement associée aux peuples du Caucase et également adoptée par certaines forces militaires russes. Elle évoque la noblesse, la fierté et le statut du guerrier.

Sa tenue, dominée par le bleu ciel et le blanc, propose une lecture contemporaine du « guerrier moderne » : une combinaison entre la puissance symbolique du costume de combat — armure, cuir, fourrure — et les codes de la pop culture contemporaine, avec lunettes de soleil teintées, bijoux, micro serti et matières destinées à capter la lumière de la scène.

On retrouve les codes du guerrier nordique : fourrure, épaulières imposantes, silhouette de combattant, matières brutes et accessoires évoquant l’armure. Mais l’artiste les détourne avec une esthétique contemporaine : bleu électrique, blanc, touches métalliques et lunettes dorées, donnant à l’ensemble une allure presque mythologique.

Pour cet artiste constant, cette tenue peut symboliser la force, la conquête, la résistance et le leadership. Elle reflète surtout son esprit guerrier : il ne vient pas livrer bataille avec une épée, mais avec sa voix, son flow, sa musique et ses « pics ».

Invités de gloire !

Dans une prestation mêlant semi-live et live, Gaz Fabilouss a également cédé la place à des amis et artistes qui ont accompagné son parcours ou collaboré avec lui durant ces dix années dans l’art d’Orphée.

Sama Baby, Ney Tshims et plusieurs autres ont partagé ce moment. Les absences de certaines figures annoncées ou attendues, notamment Koffi Olomide, Innoss’B et Rebo, ont également été remarquées. L’un appelle l’autre. Et vice versa.

En dix ans, cet artiste-musicien a également ouvert un couloir vers l’international, notamment avec des prestations à Paris, à Bilbao et au Canada lors de la Coupe du monde 2026, portant ainsi le message selon lequel « rap ekeyi mondial » : le rap congolais a pris part à la conquête des scènes internationales à travers lui.

Que de défis majeurs dans cet écosystème !

En dix ans, plusieurs hits sont sortis de son répertoire, notamment « Ayé », « You Pi Ye », « Akale », entre autres.

S’il a décidé de ralentir quelque peu la production au sein de son label Jeune Courageux, GazFa compte désormais explorer davantage les possibilités d’emmener sa musique vers les Amériques et d’y installer progressivement son autorité.

Et un poète s’en mêle

Dix ans de rap, dix ans de constance,
Dix ans de flow, de rêves et d’élégance,
Des rimes, du talent, beaucoup de persévérance,
Aujourd’hui, il célèbre une décennie d’excellence.

De Kinshasa aux scènes, il impose sa cadence,
Le rap congolais témoigne de son importance.
Accueillons l’artiste pour ses dix ans de carrière et de passion !

Onassis Mutombo

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