RDC : Corps, parures corporelle et patrimoines culturels au cœur d’un atelier de revue documentaire

Le corps comme espace d’expression, de transmission, d’identité et de pouvoir. C’est autour de cette problématique que s’est tenu un atelier de revue documentaire collaborative consacré au thème « le Corps, les parures corporelle et les patrimoines culturels en RDC », hier, lundi 31 août 2026 à Kinshasa, la capitale.
Une rencontre scientifique et culturelle destinée à identifier, partager et valoriser les ressources documentaires disponibles sur cette thématique encore peu explorée.
“Initiée par le Centre de ressources K-Fé Kultur pour les Industries culturelles et créatives (ICC), cette rencontre vise également à contribuer à la constitution d’un fonds docu…
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Initiée par le Centre de ressources K-Fé Kultur pour les Industries culturelles et créatives (ICC), cette rencontre vise également à contribuer à la constitution d’un fonds documentaire consacré aux industries culturelles et créatives. Pour Patience Mudumbula, de LaziiR Group et initiatrice de K-Fé Kultur, le constat est simple, « la ressource est là, mais elle est très peu documentée ou encore très peu accessible » aux étudiants, enseignants, chercheurs et opérateurs culturels.
Face à cette difficulté, l’initiative entend rapprocher les scientifiques, chercheurs et détenteurs de savoirs afin de rassembler leurs travaux et références.
« Nous nous sommes dit que la démarche à adopter, c’est de pouvoir approcher les scientifiques pour les questionner sur ce qu’ils ont dans leur placard comme documentation sur ce thème-là », a-t-elle expliqué.
Le fonds documentaire K-Fé kultur devrait notamment servir aux étudiants de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa et de l’Académie Saint-Luc de Belgique, engagés dans des projets de recherche et de création autour des liens entre art, culture et patrimoine.
Le corps, une archive vivante de la culture
Prenant la parole, le professeur Henry Bundjoko, conservateur en chef et chercheur à l’Institut des musées nationaux du Congo (IMNC), a insisté sur la nécessité de documenter les pratiques culturelles avant leur disparition ou leur transformation.
S’appuyant sur plusieurs références, notamment les travaux de David Le Breton, Marcel Mauss, Jérôme Thomas, François Neyt, Daniel Touboul et Mark M. Gray, il a montré que le corps constitue une véritable porte d’entrée pour comprendre les sociétés traditionnelles.
Scarifications, peintures corporelles, parures, coiffures, costumes ou encore mutilations ne sont pas de simples ornements. Ils peuvent porter des messages d’ordre politique, religieux, spirituel, social, éducatif, esthétique, identitaire ou communicationnel.
Pour le professeur Bundjoko, l’emplacement même des scarifications pouvait avoir une signification particulière. Sur le front, les tempes, les joues ou le bas-ventre, ces marques constituaient parfois de véritables codes permettant de renseigner sur l’identité, le statut social, les étapes de la vie ou encore les rapports avec le monde spirituel.
Cette lecture du corps permet ainsi de dépasser une interprétation exclusivement esthétique ou érotique de certaines pratiques africaines, longtemps privilégiée dans certains récits coloniaux.
La langue maternelle, autre patrimoine menacé
Le professeur Georges Mulumba, directeur général de la Bibliothèque nationale, a pour sa part élargi la réflexion à la question de la transmission des langues et des savoirs traditionnels.
Il a notamment déploré la perte progressive des langues maternelles chez les jeunes générations, estimant que cette situation constitue une menace pour la transmission du patrimoine culturel.
« Quelqu’un qui connaît sa langue maternelle connaît sa culture, il peut la transmettre à ses enfants », a-t-il souligné, appelant à réhabiliter les langues nationales dans les familles et dans les espaces d’apprentissage.
Pour lui, la culture ne doit pas être considérée comme un simple loisir. Elle constitue également un secteur économique susceptible de créer des emplois et de générer des revenus, notamment pour la jeunesse.
Évoquant le patrimoine culturel congolais conservé à l’étranger, notamment au musée de Tervuren en Belgique, Georges Mulumba a également insisté sur la nécessité pour les Congolais de mieux documenter, protéger et valoriser leurs ressources culturelles.
« La corporéité du pouvoir »
L’une des interventions les plus originales est venue de Gérard Bisambu, chercheur anthropologue du développement et de la démocratie. Pour lui, l’étude du corps doit également être inscrite dans une réflexion sur le pouvoir politique.
Il propose ainsi le concept de « corporéité du pouvoir », estimant que le corps occupe une place centrale dans la conquête, la négociation et l’exercice du pouvoir en RDC.
Selon lui, durant les campagnes électorales, le corps du candidat est mis en scène à travers les vêtements, les parures, les déplacements, les bains de foule, les cortèges et la proximité avec les électeurs. Mais le corps collectif des militants, habillés de T-shirts ou de pagnes, participe également à la construction de l’image du candidat.
« Le corps est au centre de la négociation du pouvoir », a-t-il expliqué, estimant que les rassemblements produisent une véritable « morphologie sociale ».
Cette approche ouvre, selon lui, un champ de recherche encore peu documenté sur la manière dont les corps individuels et collectifs participent à la construction du pouvoir politique en RDC.
La symbolique des vêtements et des objets culturels

Le professeur Bienvenu Mukoso, chercheur et enseignant, a également partagé ses travaux consacrés à la symbolique du corps.
Ses recherches sur les tatouages, les vêtements et les différentes formes de décoration corporelle chez les Kinois montrent que le corps peut être perçu comme un espace de jouissance, de pouvoir ou encore d’intégration sociale.
Il a également évoqué les travaux de l’anthropologue Mukudila sur la symbolique des pagnes. Les motifs représentés sur ces tissus ne seraient pas de simples éléments décoratifs : ils peuvent traduire le rôle de la femme, son statut et sa place dans la société.
La photographie a également été évoquée comme outil de conservation de cette mémoire, notamment à travers les archives photographiques consacrées à la République démocratique du Congo.
Des Léopards à la mode comme expression identitaire
La discussion a également permis de rapprocher le corps et l’identité nationale à travers des exemples contemporains. La participation de la RDC à la Coupe du monde 2026, notamment à travers les tenues portées par les Léopards, a été citée comme illustration de l’utilisation du vêtement et de l’apparence comme instruments d’affirmation identitaire.
Le corps, lorsqu’il est mis en scène collectivement, devient alors un symbole de présence, d’appartenance et de représentation d’une nation.
Au-delà des différentes interventions, l’atelier a surtout mis en évidence un déficit documentaire autour du corps, des pratiques corporelles et de leurs significations dans les sociétés congolaises.
La constitution du fonds documentaire K-Fé kultur apparaît ainsi comme une réponse à cette problématique. L’ambition est de réunir progressivement ouvrages, recherches, archives, photographies et autres ressources susceptibles d’être utiles aux étudiants, chercheurs, artistes et professionnels des industries culturelles et créatives.
Modérée par Nadège Bope, assistante d’enseignement et chercheuse à l’Institut national des arts (INA), cette rencontre a permis de poser les bases d’une démarche collaborative entre chercheurs, artistes et acteurs culturels.
À travers cet atelier, K-Fé kultur entend faire de la documentation un outil essentiel de sauvegarde, de transmission et de création, afin que les nombreuses expressions du patrimoine culturel congolais ne restent plus dans les « placards » des chercheurs, mais deviennent accessibles à ceux qui souhaitent les étudier, les transmettre et les réinventer.
Onassis Mutombo
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