
L’expression populaire congolaise « Article 15 », souvent associée à la débrouillardise et résumée par la formule « Débrouillez-vous », n’a trouvé aucun fondement dans les différentes Constitutions qu’a connues la République démocratique du Congo, selon une analyse historique d’un chercheur, consultée jeudi par l’ACP sur sa page sociale.
« L’origine de cette expression remonte au contexte troublé des premières semaines ayant suivi l’indépendance du Congo. Le 8 août 1960, soit 38 jours après la proclamation de l’indépendance, Albert Kalonji, président du MNC-Kalonji, avait proclamé la sécession du Sud-Kasaï en créant l’État autonome du Sud-Kasaï, avec Bakwanga, actuelle Mbuji-Mayi, comme capitale.

Débordé par la gestion de milliers de populations luba revenues à Bakwanga après avoir quitté Luluabourg (actuelle Kananga) et certaines zones du Katanga, Albert Kalonji aurait sollicité l’appui de la société minière BCK, aujourd’hui MIBA, explique Thomas Luhaka. Le président de cette société, un Belge nommé Cravatte, aurait conditionné son soutien à la proclamation de l’indépendance du Sud-Kasaï », a rapporté Thomas Lohaka, chercheur en histoire contemporaine.
Ajoutant que cette décision aurait été prise avec l’encouragement de Moïse Tshombe.
En avril 1961, Albert Kalonji fut investi du titre traditionnel de « Mulopwe » (empereur), transformant l’État autonome du Sud-Kasaï en Royaume fédéré du Sud-Kasaï. Cette évolution provoquera des dissensions au sein d’une partie des intellectuels luba, notamment les Bena-Mikanda, qui prendront progressivement leurs distances avant de rejoindre Kinshasa où ils deviendront des opposants à son régime.
Selon Thomas Luhaka, c’est dans ce contexte qu’aurait émergé ce qui deviendra plus tard le mythe de « l’Article 15 ».
« Les adversaires politiques de Kalonji revenus à Kinshasa auraient répandu l’idée qu’il avait fait adopter une Constitution dont l’article 15 disait : “Débrouillez-vous”. Qu’il s’agissait d’un récit sans fondement juridique mais ayant profondément marqué l’imaginaire collectif congolais », a-t-il expliqué.
Toutefois, cette expression a traversé les décennies au point de devenir une référence populaire liée aux difficultés sociales et économiques.
« Cette culture de la débrouillardise sera notamment popularisée dans les années 1980 par l’artiste Pépé Kalé à travers sa célèbre chanson intitulée Article 15, qui contribuera à ancrer davantage l’expression dans le langage courant», a-t-il fait savoir.
Pour Thomas Luhaka, la persistance de cette formule traduit une perception populaire selon laquelle, face aux difficultés récurrentes et à l’affaiblissement de l’État au fil des décennies, de nombreux Congolais ont fini par considérer que la seule règle réellement appliquée reste : « Débrouillez-vous ».
ACP/MUSANSI

