mardi, mai 12
Tous derrière les FARDC

Promotion de la rumba : l’État congolais se comporte comme un spectateur (J. Luyindula)*

Si le modèle Fally prouve que la Rumba peut être une industrie florissante, il met aussi en lumière l’incapacité de l’État à capter cette valeur. En réalité, l’État congolais se comporte comme un spectateur alors qu’il devrait être l’architecte de cet écosystème.

Le blocage est structurel et se situe à trois niveaux :

1. Une chaîne de valeur « fuitée » (Le problème des droits d’auteur)

congolais telema / patrie

L’absence de protection rigoureuse des droits d’auteur et droits voisins crée une fuite de capitaux massive. Faute d’une société de gestion (SOCODA) moderne, transparente et numérisée, la valeur produite par nos artistes est captée par des plateformes étrangères ou se perd dans l’informel. L’État ne peut pas taxer ce qu’il ne sait pas tracer.

2. Le déficit de « Nation Branding » (Le manque de promotion)

Là où d’autres pays (comme le Nigeria ou la Corée du Sud) investissent des milliards pour exporter leur culture comme un produit stratégique, l’État congolais reste dans une posture de soutien ponctuel et émotionnel. La Rumba est notre plus grande ressource renouvelable, mais elle manque d’une politique diplomatique et commerciale agressive. Sans promotion d’État, la Rumba reste un exploit individuel au lieu de devenir un levier de croissance nationale.

3. Une infrastructure juridique inadaptée

Nous souffrons d’un décalage entre la vitesse du numérique et la lenteur de nos réformes. Sans un cadre légal incitatif (exonérations pour les industries créatives, protection contre le piratage numérique, incitations au mécénat), l’État décourage la professionnalisation. On demande aux artistes de jouer en « Champions League » avec une administration qui est encore au stade du « terrain sablonneux ».

Tant que l’État ne verra pas la Rumba comme un actif stratégique nécessitant une protection juridique forte et une promotion industrielle, il continuera à regarder passer les trains du profit. La « Fallynisation » est une réussite privée qui expose, par contraste, notre retard public.

*Junior Luyindula est un expert congolais en droit d’auteur, reconnu pour sa maîtrise des questions liées à la propriété intellectuelle, à la protection des œuvres artistiques et aux droits des créateurs dans l’industrie culturelle.