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PHOTOGRAPHIE

Ephraim Baku : « Un téléphone peut avoir le plus beau capteur du monde, mais le photographe a l’intention derrière »

Ephraim Baku : « Un téléphone peut avoir le plus beau capteur du monde, mais le photographe a l’intention derrière »
Ephraïm Baku, photographe ph.tiets

Photographe et communicateur visuel, Ephraim Baku porte un regard lucide sur les mutations de la photographie à l’ère du numérique. Alors que les smartphones offrent désormais des appareils photo toujours plus performants, il estime que le métier de photographe est loin de disparaître.Dans cet entretien accordé à Arts.cd, il évoque également la formation des jeunes photographes, l’influence des réseaux sociaux et les difficultés économiques liées à la place croissante des messages politiques dans l’affichage publicitaire en RDC.

Arts.cd : Aujourd’hui, avec la forte progression des téléphones qui améliorent encore davantage la qualité des photos, le photographe est-il en voie de disparition ?

Ephraim Baku : Je pense que non. Le photographe n’est pas en voie de disparition. La vraie question est plutôt de savoir comment utiliser les téléphones sans que cela ne dérange…

Arts.cd · PHOTOGRAPHIE

Ephraim Baku : Je pense que non. Le photographe n’est pas en voie de disparition. La vraie question est plutôt de savoir comment utiliser les téléphones sans que cela ne dérange le métier du photographe.

Un téléphone peut avoir le plus beau capteur du monde, mais le photographe a une intention derrière l’image. Peu importe le matériel que vous utilisez, si je vous donne, par exemple, un appareil utilisé par un photographe, est-ce que votre intention, en tant qu’amateur, sera la même que celle du professionnel ? Je ne pense pas.

Aujourd’hui, nos téléphones contiennent des caméras très performantes, mais ils sont surtout destinés à des usages instantanés : les souvenirs de famille, les voyages, les événements personnels, etc. Je ne pense pas qu’on demande, par exemple, à quelqu’un d’aller photographier le président de la République et qu’il se présente simplement avec un téléphone.

On voit pourtant de plus en plus de clips et de productions artistiques réalisés avec des iPhone et d’autres smartphones. Cela ne change-t-il pas la donne ?

Ephraim Baku : Si, mais là, il s’agit davantage d’un besoin artistique. Les artistes cherchent aussi à se démarquer et à voir jusqu’où ils peuvent aller avec ces outils, de manière intentionnelle.

Mais si vous prenez une personne lambda, vous lui donnez un téléphone et vous lui demandez de faire une photo, son regard ne sera pas nécessairement le même que celui d’un professionnel. Je resterai photographe parce que c’est le résultat de plusieurs années d’apprentissage, de connaissances et de développement du regard sur la société.

Une personne lambda peut simplement être là pour faire des images. Le photographe, lui, doit savoir pourquoi il fait cette image, pour qui et avec quelle intention.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le travail des photographes congolais ?

Ephraim Baku : De manière générale, nous sommes dans le bon. Il y a une très grande évolution de la photographie en RDC.

Mais avec la nouvelle génération de photographes-artistes, je constate aussi qu’il y a une tendance à se laisser emporter par les réseaux sociaux, les likes, Instagram et tout ce qui va avec. On ne sait parfois plus qui fait la photo, pourquoi il la fait et pour qui.

Mais en termes d’avancée, il y a eu une grande évolution. Il y a dix ans, je ne me voyais même pas devenir photographe. À l’époque, pour qu’un enfant devienne photographe, c’était presque une affaire de famille : il fallait appeler tel oncle, telle tante pour convaincre les parents.

Aujourd’hui, lorsqu’un enfant dit à ses parents qu’il aimerait devenir photographe, on lui laisse beaucoup plus facilement le choix d’embrasser ce métier. Pour moi, c’est déjà une grande avancée.

La photographie aujourd’hui repose-t-elle toujours sur cette notion d’intention ? Faut-il nécessairement passer par l’université ou des formations spécialisées pour se perfectionner ?

Ephraim Baku : Cela dépend de ce que vous voulez faire. Professionnellement, on peut apprendre énormément de choses sur Internet. Mais lorsqu’on veut approfondir son regard, deux mots deviennent essentiels : le regard et l’intention.

Ce sont ces deux éléments qui différencient l’artiste du simple photographe. L’artiste a une intention, quelque chose à dire à la société. Un photographe peut simplement prendre une photo pour répondre à une commande ou gagner de l’argent.

Mais quelqu’un qui veut véritablement développer un autre regard sur la société doit pouvoir passer par des académies, les Beaux-Arts ou d’autres structures spécialisées dans la formation visuelle.

Aujourd’hui, tout le monde peut être appelé photographe. Mais ce sont nos intentions et nos regards qui nous différencient.

Vous avez récemment participé à une formation dans le cadre du Festival Congo Photos. Quelles étaient les thématiques abordées ?

Ephraim Baku : J’étais sélectionné parmi les formateurs du Festival Congo Photos et images , dans le cadre du Fonds FECOFI.

Nous avons travaillé autour de la photographie numérique et de la post-production, avec plusieurs sous-thèmes notamment le traitement d’images, l’archivage et la gestion des fichiers, ainsi que l’initiation aux logiciels de retouche.

Nous avons notamment parlé de l’ère du numérique et de la manière dont un photographe peut aujourd’hui développer son travail et le rendre plus professionnel, notamment dans l’organisation de ses fichiers.

Nous sommes partis de la production à la post-production, en passant par l’exportation, jusqu’à l’archivage. C’était un élément particulièrement important.

J’ai été très bien accueilli par les apprenants. Même s’ils n’étaient pas très nombreux, les amoureux de la photographie qui souhaitaient apprendre étaient présents. Je suis satisfait des retours que j’ai reçus.

Vous êtes également actif dans la photographie publicitaire. Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels vous êtes confronté ?

Ephraim Baku : Je suis effectivement beaucoup plus connu dans la photographie publicitaire. Et aujourd’hui, nous sommes confrontés à un problème économique important lié à l’affichage publicitaire.

Nos panneaux publicitaires sont de plus en plus dominés par les messages politiques. Cela pose un problème aux entreprises qui souhaitent afficher leurs produits ou promouvoir leurs événements.

Un afficheur peut, par exemple, être payé pendant six mois pour afficher un message politique. Pendant ce temps, un produit qui devrait être présenté au public ne peut plus bénéficier de cet espace. Il faut alors attendre ou chercher d’autres solutions d’affichage.

C’est un véritable problème pour notre secteur. Mais je pense que les choses évoluent petit à petit. Nous espérons que la situation va continuer à s’améliorer.

Quels sont alors vos projets pour les prochains mois ?

Ephraim Baku : Je reste dans la photographie publicitaire. Je travaille actuellement avec des amis dans un studio situé à Gombe, juste après le bâtiment 11-13, sur le boulevard, dans les bâtiments de la MIBA, au troisième niveau.

Dans les prochains jours, nous allons ouvrir un grand espace destiné aux créateurs, journalistes, créateurs de contenu, artistes et autres professionnels de l’image.

Ce sera un espace ouvert à tous ceux qui souhaitent produire des contenus, des émissions ou des podcasts. Nous voulons créer un lieu où les gens pourront parler, partager leurs idées et montrer ce qui leur est utile dans la société.

Il y aura différents plateaux et plusieurs décors afin de permettre aux journalistes et aux créateurs de contenu visuel de mettre leur talent en avant.

Propos recueillis par Onassis Mutombo

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