
L’intérêt. Voilà le maître mot qui régit les relations internationales. En son temps, un général français, Charles de Gaulle, disait : « La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. »
La première édition du Forum des médias Chine–RDC, ouverte à Kinshasa le 18 mars dernier, est un symbole du bon état de la coopération entre la RDC et la Chine. Une initiative de l’Agence Congolaise de Presse (ACP) et de l’Agence Xinhua, qui a réuni près de 100 professionnels des médias congolais et chinois à l’Hôtel Béatrice.

Au cours de la première journée, plusieurs discours du côté chinois l’ont évoqué. Constat : du côté congolais, le rappel historique a occupé une place importante dans le narratif, avec en toile de fond le premier déplacement du maréchal Mobutu en 1973 jusqu’à celui, plus récent, en 2023, de Félix Tshisekedi, illustrant une volonté multilatéraliste.
Du côté chinois, en revanche, le focus est mis sur les mines. La construction des routes, des hôpitaux, des barrages… tout semble graviter autour des ressources minières. Les entreprises chinoises, parlons-en : selon les chiffres avancés par un intervenant du pays du dragon rouge, elles représenteraient près de 63 000 emplois en RDC. Dans ce rendez-vous du donner et du recevoir, les compatriotes de Jackie Chan ont clairement choisi leur terrain.
Des artistes chinois connaissent-ils la RDC ?
Pour les observateurs avertis, il apparaît que ces entreprises évoluent dans une logique dite « gagnant-gagnant », notamment à travers des projets comme SICOMINES, fondés sur l’échange « routes contre minerais ». Tout semble se faire dans ce cadre, sans véritable diversification.
Pourtant, la Chine se positionne aussi comme un bâtisseur en Afrique. En RDC, elle est à l’origine d’infrastructures majeures comme le Stade des Martyrs, le Palais du Peuple et, plus récemment, le Centre culturel et artistique pour les pays de l’Afrique centrale (CCAPAC), un ouvrage grandiose au service de la créativité. Au-delà de ces réalisations, la Chine pourrait jouer un rôle déterminant dans le développement des industries culturelles et créatives congolaises, à travers des échanges concrets, notamment dans le secteur du cinéma.
Pour un Congolais lambda, le Chinois est souvent perçu comme un pratiquant naturel de karaté. Cet imaginaire s’est construit à travers des centaines de films chinois mettant en avant cette discipline, devenue une véritable signature culturelle.
Selon Chine Daily, l’industrie cinématographique chinoise, 2002, produisait environ 100 films par an ; en 2019, ce chiffre dépassait les 1 000 productions annuelles, soutenues notamment par des groupes comme China Film Group Corporation.
« Portée par un marché intérieur estimé à plus de 9 milliards de dollars avant la pandémie, cette industrie a été popularisée à l’international par des figures comme Jackie Chan et Jet Li. Elle constitue aujourd’hui un puissant levier de soft power, combinant production de masse et influence culturelle », a indiqué China Daily dans son rapport.
D’où l’intérêt d’initiatives comme la Semaine du film chinois en RDC, qui pourrait servir de cadre de promotion culturelle, mais aussi de plateforme d’échanges entre réalisateurs chinois et congolais. Mieux encore, elle pourrait déboucher sur un appui concret à la structuration du cinéma congolais, à travers la formation et le financement.
Dans le domaine du spectacle, la Chine est également reconnue pour ses productions hautes en couleur. Pourtant, depuis l’inauguration du CCAPAC, aucun spectacle d’envergure d’artistes chinois n’a été proposé à Kinshasa. Où sont donc les Chinois dans la capitale congolaise ? Essentiellement dans les sociétés minières… et le commerce même en détails.
C’est ici que des coopérations plus directes, diversifiées et inclusives pourraient toucher plusieurs secteurs, permettant ainsi à un plus grand nombre de Congolais et de Chinois de bénéficier pleinement de cette collaboration.
Onassis Mutombo

