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Tous derrière les FARDC

«J’ai su prouver que le cerveau n’avait pas de sexe» (Anastasie Langu )

Ce nom vous dit quelque chose ? Anastasie Langu. C’est une jeune dame battante qui s’est imposée dans le secteur des arts visuels. Videaste, graphiste mais elle est devenue célèbre grâce à la photographie, devenant une « Artiviste », qui veut dire l’art pour dénoncer les injustices de la société. Découvrez cette dame de fer qui s’est lancée dans entrepreneuriat créant à sa structure Anas Vision.

 

Nombreuses sont des femmes qui envahissent les arts visuels, est-ce un (r)éveil ou une récupération d’une place vide ?

Je dirais que c’est un réveil. Pourquoi ? Parce-que la femme a toujours eu sa place dans l’art. Mais le problème comme dans presque beaucoup de secteurs, la femme a toujours été limitée par la société, trop de lois et devoirs subis par la femme, l’ont rendue moins sûre d’elle-même.

C’est une femme qui se réveille et se rend juste compte qu’elle peut tout faire. Je dis bien tout faire comme l’homme. Donc, le réveil des femmes dans les arts visuels est juste une prise de conscience de la femme qui s’émancipe.

Photo Anastasie Langu

(…) j’avais une vision de viser l’excellence.

Comment relatez-vous votre propre histoire avec l’art?  Qui est venu vers l’autre ?

Mon histoire couronnée qui inspire vient de beaucoup de sacrifices, d’amour, de passion et surtout beaucoup de patiences.

Moi et l’art, c’est une longue histoire d’amour. Nous nous sommes juste retrouvés. A vrai dire, je suis autodidacte dans les arts visuels. J’ai étudié le droit privé judiciaire. En réalité, j’étais appelé à devenir avocate. Mais, le jour où j’ai vu un appareil photo, j’ai su que c’était ça ma vocation. Au début, je demandais de l’aide à l’époque aux photographes professionnels, mais personne n’a cru en moi. Mais cela ne m’avait pas découragée. J’avais puisé dans cette amertume une force pour continuer à apprendre toute seule. Je ne gagnais rien, ma famille critiquait ce choix et c’est grâce à la passion que j’avais pour ce travail et je n’avais pas baissé les bras. J’avais une vision de viser l’excellence. Aujourd’hui, les fruits sont-là. C’est vrai que j’ai encore beaucoup à apprendre de lui et lui de moi.

Quel est l’élément déclencheur de votre carrière ?

Ma carrière me séduit et me rend si fière. Certes, beaucoup reste à faire mais aussi beaucoup est déjà fait. Et le concours Artembo m’a révélée au monde. J’ai à eu à gagner le premier prix du concours Artembo 2018, nous étions au nombre de 12 artistes et j’étais la seule femme. C’était un vrai combat parce que si une femme réussit dans ce qu’elle fait, elle vaincra tous les stéréotypes autour d’elle. Donc, j’ai su prouver que le cerveau n’avait pas de sexe.

Je dis merci aux organisateurs d’une telle initiative presqu’inexistante dans le milieu de la culture congolaise pour encourager le travail de jeunes artistes.

Qu’elles sont les techniques et les méthodes utilisées pour proposer des œuvres qui impactent la communauté ?

La  technique et la méthode utilisées pour impacter, c’est juste trouver la bonne formule. Avant tout, c’est d’abord comprendre ce que tu fais, ce que tu veux et surtout en travailler avec objectivité.

« L’art et la culture doivent être au service de la libération d’un peuple »

Qu’elle est la place de la femme dans votre secteur ?

« L’art et la culture doivent être au service de la libération d’un peuple », dixit Frantz Fanon. En tant qu’Artiste et Artiviste, je suis toujours là à me questionner comment créer des œuvres qui peuvent questionner et interpeller ma société. Je fais l’art pour libérer mon peuple et donner matière à réflexion. J’espère que jusque-là, je suis en train d’arriver.

Parmi les sujets que j’explore, il y a la question du genre, de la marginalisation de la femme, de la mobilité humaine, de l’aliénation africaine, de la colonisation et de l’extériorisation de nos émotions.

Est-il facile d’exercer votre métier en tant que femme ?

Je dirai non. Parce-que déjà on vous prend pas trop au sérieux vu que tu es femme. Tu dois te démarquer, c’est à toi de t’imposer et d’être ferme comme j’ai appris à le faire sinon tu seras toujours voilé.

 Y a-t-il des expositions qui accueillent vos œuvres ?

Oui, j’ai déjà plusieurs expositions. Avec la Fédération africaine de l’art photographique (FAAP) à la biennale de Dak’art au Sénégal, l’exposition ‘’Woman power’’ avec Badjoun Station de l’artiste Barthélémy Toguo au Cameroun, la Rencontre internationale des Arts contemporains (RIAC) avec Bill Kouelany de Brazzaville, Exposition « meganopolis » les voix de Kinshasa au Musée Grassi en Allemagne, avec 26 artistes congolais.

ph. Anastasie Langu

Qu’elles sont vos difficultés ?

Comme dans tout travail, il ne manque pas de difficultés. En ce qui me concerne, trouver des partenaires, les moyens pour réaliser mes projets artistiques, de voyager pour réaliser des collaborations… mais l’avenir promet et j’y travaille pour surpasser toutes ses embûches.

Quels sont vos perspectives ?

Déjà, je prépare ma toute première exposition en solo et une tournée avec  un projet.  Moi et ma structure, allons organiser des ateliers de formation pratique dans des endroits ciblés. Mon souci est de faire quelque chose de durable pour léguer à la génération future des espaces d’art et un esprit à aimer l’art et la culture.

Onassis Mutombo

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