
Chaque 15 avril, le monde célèbre l’art. En République démocratique du Congo, cette célébration résonne aussi comme un rappel des réalités difficiles du secteur.
Instaurée en hommage à Léonard de Vinci, figure emblématique du génie créatif, la Journée mondiale de l’art est considérée comme un moment de valorisation des artistes et de sensibilisation à la culture. En RDC, riche en talents mais encore marquée par la faiblesse des structures de diffusion, elle prend une dimension particulière, presque urgente.
Dans un contexte marqué par un manque d’infrastructures culturelles, de politiques de soutien efficaces et de véritables marchés structurés, les artistes évoluent souvent entre débrouillardise et reconnaissance extérieure.
À l’occasion de cette Journée, l’artiste visuel congolais Baba Tshikama livre un regard à la fois personnel et critique sur son parcours, sa pratique artistique et l’évolution du secteur en République démocratique du Congo.
Lauréat du Prix Lokumu arts visuels 2025, il s’impose aujourd’hui comme une figure engagée de la scène artistique. Ingénieur culturel et enseignant des arts, il définit son travail comme une expression profondément personnelle :« L’art, pour moi, est l’expression de mon moi intérieur pour interpeller l’humanité au sujet du rendez-vous du donner et recevoir », explique-t-il.
Sa pratique repose principalement sur la peinture acrylique sur toile, un médium qu’il utilise pour exprimer ses rêves, sa vision du monde et ses réflexions. Son univers pictural se caractérise par une palette vive, rehaussée de tons plus froids tels que l’ocre et le bleu. Situé entre le semi-abstrait et le semi-figuratif, son travail, salué par le critique d’art Panya Bula Bula, se distingue également par des coups de pinceaux verticaux qui apportent une profondeur singulière à ses compositions.
Au centre de ses œuvres figurent des scènes de vie quotidienne, notamment des élèves en tenue bleu et blanc, représentés dans des postures liées à l’apprentissage. À travers ces images, l’artiste traduit une vision où la réussite passe par la compréhension du « comment », du « pourquoi », avant d’atteindre la lumière.
Parmi ses œuvres marquantes, on retrouve notamment celles présentées lors de l’exposition Rumb’Art en 2022 au Centre Wallonie-Bruxelles, inscrite dans la valorisation de la rumba comme patrimoine immatériel. Ces créations témoignent de son approche artistique centrée sur la mémoire culturelle, l’identité et les dynamiques sociales.
Entre création, réalité et engagement !

Mais derrière cette richesse artistique, les réalités du terrain restent contrastées.
« Le pays est plein de talents, mais pas d’opportunités de se faire valoir dans les activités relatives à la promotion des arts et des artistes », déplore-t-il. Un constat qui met en lumière le manque de structures d’accompagnement et de valorisation.
La question du marché de l’art reste également préoccupante. La majorité de ses clients sont étrangers, une réalité qui traduit à la fois un déficit de reconnaissance locale de la valeur des œuvres et des contraintes économiques persistantes.
À propos du statut de l’artiste mis en place par les autorités, il évoque des avancées, tout en soulignant certaines limites dans sa mise en œuvre. Selon lui, des efforts restent à fournir pour renforcer la cohérence et l’efficacité de ce cadre, afin qu’il réponde pleinement aux attentes des acteurs du secteur.
Malgré ces défis, certaines distinctions viennent marquer son parcours. Le Prix Lokumu représente pour lui « une vitrine » ayant renforcé sa visibilité dans le paysage artistique, notamment grâce aux réseaux sociaux. « Visibilité et reconnaissance », résume-t-il, évoquant l’impact concret de cette distinction sur sa carrière, qui a consolidé son identité picturale et la cohérence de son langage artistique.
Aux jeunes artistes congolais, il adresse un message de motivation et de discipline : il les encourage à faire preuve de courage, à rester positifs et à cultiver la rigueur dans leur travail, en évitant toute forme de paresse mentale. Un conseil qu’il inscrit dans son propre parcours, nourri notamment par l’encadrement du professeur Henri Kalama Akulez et par une volonté constante de progression.
En cette Journée mondiale de l’art, il invite avant tout à la réflexion et à la prise de recul. Une manière de souligner que l’art, au-delà de la création, demeure un espace de conscience, de questionnement et d’espoir.
✍️ Gabriella Malengo

