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Tous derrière les FARDC

Journées Scientifiques sur la rumba: Désormais la Rumba congolaise a sa définition !

Après l’inscription de la rumba congolaise sur la liste représentative des patrimoines culturels immatériels de l’humanité le 14 décembre 2021, l’heure est venue pour la République Démocratique du Congo, elle-même, de (re)donner au reste du monde les codes de cette musique envoutante dès les premières notes.

Pour codifier cette richesse congolaise, il fallait réunir les têtes et les énergies autour d’une table, sans oublier les techniciens et praticiens pour apporter non seulement l’expérience mais aussi participer à ce travail scientifique. Justement dans le cadre du Festival international de la rumba et de l’élégance et le Festival Rumba Parade 2022 en collaboration avec le Collectif des Artistes et Culturels (CAC), des musiciens, instrumentistes, chroniqueurs, ingénieurs des sons, historiens, auteurs-compositeurs, journalistes, professeurs d’universités, se sont réunis au Centre Wallonie-Bruxelles du 5 au 6 juillet 2022 pour poser les prémisses sur la définition, les caractéristiques, genres et référencer les générations de la rumba congolaise.

L’INA a-t-il de l’influence sur la rumba congolaise moderne ?

Un échange riche. Des interventions historiquement fournies par les acteurs actifs de l’histoire de cette musique, actuellement patrimoine culturel immatériel, qui est né dans le royaume Kongo partie avec diverses déportations vers les Amériques pour, enfin, revenir sous une autre forme avant que les Congolais lui donnent une forme originale.

Une vue des participants des journées scientifiques sur la rumba congolaise pH. Charlie

Suzy Kaseya, Gode Lofombo, Blaise Bula, Maïka Munan, Jeannot Ne Nzau Diop, Naty Lokole, Tosha Fulakanda, Dieudonné Yangumba, Jonathan Bilari, Didier Mbuyi, St Hervé Mbuyi, Onassis Mutombo, Paul Ngoie Leperc, Kratos Beat,… devraient, selon les objectifs de cet atelier, donner une définition à la rumba congolaise, préciser son historique, ses caractéristiques et ses courants musicaux. Une tâche difficile à la première vue puisque le terrain est presqu’inexploré.

Avant l’immersion, Didier Mbuy alias Didi Mitovelli a proposé les éléments essentiels pouvant aider les intervenants à débattre sur la définition. Après deux jours de débat houleux, les participants ont jetés des bases d’un grand travail qui fera l’objet d’un colloque ou symposium sur la rumba pour mieux élucider certaines questions non évoquées avec cette fois-ci la participation active du gouvernement congolais et de l’Institut national des Arts qui, ces derniers, ont brillés par leurs absences.

Parmi les intervenants, l’on a noté la part de Gode Lofombo qui pour lui, l’Institut National des Arts (INA) doit subir des véritables réformes pour servir de catalyseur à tous les artistes musiciens congolais pour un apprentissage de qualité et une meilleure pratique. Selon lui, plusieurs ressortissants de l’INA ont toujours eu du mal à s’adapter au style rumba. Maïka Munan a tenu à souligner que le rôle de l’INA est d’enseigner la technique musicale, la transcription ou le langage universel de la musique. Il appartient à tout apprenant de pousser loin sa créativité. Il a posé la question à la fin sur l’influence de l’INA sur la musique congolaise moderne, surtout la rumba.

A Ecouter: Papa Wemba était-il vraiment le Roi de la Rumba ?

« Parler de la rumba congolaise sans chanteur ni technicien, c’est tordre l’histoire ! » 

Concernant la définition proprement dite de la rumba, tout en présentant Franco Luambo Makiadi comme le  père de la rumba congolaise originelle, l’ancien bassiste de l’orchestre Empire Bakupa a milité pour que la partie « influences étrangères » soit élaguée de la définition. Et cet avis a été soutenu par Tosha Fulakanda, lui aussi bassiste et chef d’orchestre Viva-la-Musica du regretté Papa Wemba.

En République Démocratique du Congo, a déploré Gode Lofombo, plusieurs assises sur la rumba n’associent pas les praticiens ou techniciens de la rumba. C’est dans ce sens que les artistes musiciens surtout n’ont pas les mots justes, a-t-il justifié, pour expliquer aux mélomanes l’inscription de la rumba sur la liste des patrimoines culturels immatériels de l’humanité, « le traducteur trahit toujours la pensée de l’auteur », a-t-il soutenu.

Avec le temps, apprend-on séance tenante, la rumba congolaise a emprunté des autres styles musicaux devenant ainsi comme une dissertation, avec « introduction, développement et conclusion ». Et chaque musicien choisit parfois une partie pour en faire une composition entière faisant ainsi d’elle une musique riche  et inépuisable en termes d’inspiration. Aussi, cette rumba congolaise a-t-elle dû développer d’autres branches notamment la mode, la danse et la gastronomie devenant un état d’esprit d’existence et de résistance.

Deux courants de la rumba congolaise moderne !

Présent et virevoltant, le Grand Maitre Suzy Kaseya a, à sa manière, étalé toute son expérience de 60 ans dans la réalisation et arrangement de la musique congolaise, pour fixer les années des prémices des vraies notes de la rumba congolaise. En 1954, il a considéré que les chansons telles que « Aimé wa Bolingo » de Edo Nganga, « Masumbuko » de Vicky Longomba sont déjà des titres qui ont confirmé à l’apogée de cette musique. Saisissant la balle au bond, Blaise Bula s’est vite précipité au tableau pour dessiner les deux grands courants donnant naissance à la rumba congolaise : African Jazz et Ok Jazz. A en croire Suzy, African Jazz était un orchestre ouvert aux styles occidentaux et présenté comme des élites. Par contre, Ok Jazz, c’était des rythmes traditionnels retravaillés pour produire de la rumba purement congolaise nommée « Odemba ».

 Il a encore révélé que dans les prestations des artistes musiciens congolais, vers 1940 avaient des précisions telles que Musique des Variétés et Rumba.  Et Suzy Kaseya d’ajouter que c’est une preuve que pour les Congolais, la rumba définissait le début d’un show dans des lieux d’ambiance de Léopoldville, actuel Kinshasa.

Pour définir la rumba congolaise, de nombreux participants à ces assises ont excavé la question de la fierté et de l’identité nationale puisque les Cubains eux –mêmes reconnaissent que la rumba cubaine vient du Kongo. Donc, toute proposition signifiant que cette musique congolaise a subi des influences étrangères a été élaguée après plusieurs questions. A ce niveau, il y a même l’affirmation de King Kester Emeneya d’heureuse mémoire qui disait lors d’une émission télé que « la rumba congolaise moderne est une musique kasaienne. Puisque les origines de Kabasele Tshamala dit Kalle Jeff et Nico Kasanda ont influencé leurs rythmiques et compositions ».

Enfin, définition de la rumba congolaise,

Ainsi la rumba congolaise sera définit comme « Genre musical populaire et urbain apparu vers les années 1940 dans les deux rives du fleuve Congo et, issu de la fusion des musiques ethniques et modernes congolaises ».

Ces assises qui se sont clôturées avec un goût de l’inachevé seront suivi dans un avenir proche lors d’un colloque international sur la rumba congolaise qui aura pour mission d’associer encore les experts de l’INA, la diaspora, les historiens, les techniciens, anthropologues, les stylistes, les auteurs compositeurs, les écrivains venus de tous les coins de la RD Congo, de l’Afrique et de la diaspora à Kinshasa.

Onassis Mutombo

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