
Une séquence musicale devenue virale se transforme en affaire institutionnelle. Le couplet « Machette en l’air, ba sonner », extrait du titre “Ba Sonner” de Gaz Mawete, est aujourd’hui au cœur d’une plainte déposée par Arnold Tiani. À Kinshasa, le dossier a franchi un cap avec l’audition du plaignant par le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, ouvrant ainsi un débat sensible sur les limites de la liberté artistique à l’ère numérique.
Dans les faits, deux passages précis de la chanson sont pointés du doigt. D’une part, la phrase « Ba sonner, machette en l’air » (à 2’36), perçue comme une incitation indirecte à la violence. D’autre part, « Nazo benga base na ngai ba sonner oyo biso mitu epeta » (à la 36e seconde), jugée préoccupante sur le plan moral. Pour le plaignant, ces paroles participeraient à banaliser des comportements violents et à fragiliser davantage un espace numérique déjà exposé à des dérives.

Au-delà de la chanson, c’est une ligne rouge que tente de tracer Arnold Tiani. « Nous allons rétablir l’ordre sur internet. Après le cas de Gaz Mawete, plus de 30 influenceurs et influenceuses seront interpellés pour des faits liés à la dépravation des mœurs », a-t-il déclaré, laissant entrevoir une offensive plus large contre certains contenus jugés problématiques.
Cette affaire pose, en filigrane, la question du rôle des artistes dans la société congolaise contemporaine. Entre expression créative, langage urbain et responsabilité sociale, la frontière reste mouvante. Le CSAC, en se saisissant du dossier, pourrait ainsi poser un précédent dans la régulation des contenus musicaux diffusés sur les plateformes numériques et les médias traditionnels.

Dans une scène culturelle en pleine mutation, où les codes de la rue nourrissent largement la création musicale, le cas “Ba Sonner” pourrait bien marquer un tournant.
Reste à savoir si cette procédure aboutira à une sanction, ou si elle ouvrira un dialogue plus large sur la liberté d’expression artistique en République démocratique du Congo.
La rédaction de Arts.cd a tenté d’avoir l’artiste pour sa réaction, jusque-là les tentatives sont restées sans succès.
Dossier à suivre
Onassis Mutombo


