lundi, avril 20
Tous derrière les FARDC

Kinshasa : « Congo Meuse », un pont littéraire entre deux rives francophones


Du 21 au 24 avril 2026, Kinshasa accueille la première édition de « Congo Meuse », une semaine dédiée aux lettres belges francophones. Un rendez-vous inédit qui tisse des passerelles entre le fleuve Congo et la Meuse, deux géographies symboliques réunies pour raconter, confronter et projeter les imaginaires.

Pensé comme un espace de circulation des idées et des écritures, « Congo Meuse » célèbre avant tout une amitié littéraire entre la Belgique et la RDC. Conférences-débats, ateliers d’écriture, rencontres professionnelles autour de l’édition et moments de partage autour du plaisir de lire rythment cette première édition, organisée notamment autour de la Journée mondiale du livre.

congolais telema / patrie

Au cœur de cette rencontre, la parole des auteurs et des acteurs du livre s’impose comme une matière vivante. Invitée phare, Myriam Leroy a partagé un parcours marqué par une transition assumée du journalisme vers la fiction. « Ma vie a vraiment changé depuis que j’écris des romans », confie-t-elle, évoquant un besoin de liberté face aux contraintes du journalisme classique. Passée par l’Université catholique de Louvain et les studios de la RTBF, elle raconte avoir trouvé dans l’écriture créative un espace plus vaste pour explorer « le réel et les dominations », thèmes centraux de son œuvre.

Son regard sur la littérature congolaise n’est pas passé inaperçu. Elle salue une écriture audacieuse, capable d’inventer la langue et de s’affranchir des normes : « Il y a une manière extrêmement poétique et aventureuse de parler et d’écrire… Plus on s’éloigne de Paris, plus on est élégant », glisse-t-elle, renversant au passage les hiérarchies traditionnelles du champ littéraire francophone.

Belgique et Congo s’unissent pour le meilleur, et pour les écrits !

Autre voix marquante de cette semaine : Mélanie Godin, éditrice depuis près d’une décennie, venue à Kinshasa avec une ambition claire : créer des passerelles concrètes entre auteurs congolais et maisons d’édition belges. Forte d’un catalogue de plus de quarante ouvrages, majoritairement poétiques, elle affirme un intérêt particulier pour les écrivains belgo-congolais et les écritures hybrides.

Dans sa pratique éditoriale, la question de la langue occupe une place essentielle. Elle cite notamment un ouvrage récent intégrant des expressions en lingala, volontairement conservées dans le texte, accompagnées de notes explicatives : une manière, selon elle, de préserver la richesse linguistique tout en facilitant l’accès au lectorat international.

À travers ses ateliers notamment consacrés aux réalités de l’édition et les rencontres entre auteurs, « Congo Meuse » se positionne comme un laboratoire d’idées, mais aussi comme un levier de collaboration. L’événement ne se contente pas de célébrer les textes : il interroge les conditions de leur production, de leur circulation et de leur reconnaissance.

Moment fort du programme, la conférence-débat « Regards croisés : les littératures congolaise et belge francophone aujourd’hui » cristallise l’ambition de cette première édition : décloisonner les imaginaires et redessiner les centres de gravité littéraires.

Entre transmission, exploration et dialogue, « Congo Meuse » esquisse ainsi les contours d’un espace littéraire décentré, où Kinshasa devient, le temps de quelques jours, un carrefour incontournable des écritures francophones contemporaines.

Onassis Mutombo