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Suisse : Bembika, la pointure mondiale de la House Danse qui fait la fierté de la RDC

De son vrai nom, Olivier Luminuku Bembika est le premier danseur suisse à participer à cinq reprises au « Juste Debout », championnat du monde de danse urbaine à Bercy Accord Arena en House Danse et avoir gagné de nombreux concours en Europe. Originaire de la RDCongo et autodidacte en danse depuis les années 2000 et ayant été formé par certaines sommités du domaine artistique au monde, le natif de Genève était de passage à Goma au mois d’avril dernier pour animer les ateliers à l’occasion du festival Goma Danse Festival. De ses débuts en danse aux ambitions du projet « Kongo » en passant par la connotation qu’il avait de Goma et de danseurs locaux, cette pointure en House Danse a été heureuse de répondre aux questions de Arts.cd. Interview.

Depuis 20 ans, vous pratiquez la danse, qu’est-ce que cette discipline représente pour vous ?

C’est ma vie en fait. C’est la manière dont je bouge, c’est la manière dont je marche, c’est ma manière de respirer. La danse m’a permis de rencontrer de gens, d’échanger, et d’avoir de personnes partout dans le monde que je considère maintenant comme ma famille. La danse, elle m’a tout apporté.

Parlez-nous de vos débuts en danse jusqu’à présent ?

A la base j’étais footballeur semi professionnel. Je n’ai pas signé mon contrat professionnel et il est arrivé un moment que j’aide (financièrement) ma famille, que ça soit à Kinshasa ou en Suisse. Etant jeune, j’ai dansé aussi au-delà d’etre footballeur et je me suis mis complètement à la danse. J’ai rencontré les gens qui dansaient  et on a créé un groupe qui s’appelait « point commun ». On a commencé un peu à voyager, on a fait de stages dans certaines villes et on a eu des informations, de danseurs américains qui étaient en Suisse,  qu’on faisait les choses bien. Cela m’a permis de connaitre d’autres styles dont la house danse qui était devenue ma danse numéro un et pour laquelle je voyage partout dans le monde. En gros, je peux dire que c’est à forcer de m’entrainer que je suis arrivé là où je suis aujourd’hui.

« (…) j’ai déjà presté 6 fois au Bercy, j’étais en Corée,…je voyage un peu partout dans le monde. J’ai accompli tout aussi c’est grâce au travail et au contact avec les gens »

Vous êtes originaire de la RDC et plus particulièrement de la ville de Matadi mais vous êtes né et a grandi à Genève, en Suisse, comment vous vous sentez, congolais ou suisse ?

Olivier Luminuku Bembika à Goma, au Nord-Kivu ph. David Kasi

Les deux je peux dire. Mes parents sont congolais mais j’ai vécu ma vie en Suisse cela veut dire que je suis sergent de l’armée suisse, je fais ma scolarité là-bas mais depuis tout petit je m’occupe du minerval de mes cousins, qui sont en RDC. Ma mère a toujours dit qu’on est 5 enfants mais on est à 10. On pensait donc à ceux qui sont à Matadi. Donc, je me sens très proche de mes racines. On mangeait congolais à la maison, je connaissais tous les membres de ma famille avant même d’arriver au Congo en 2009.

En suisse, vous êtes le premier danseur à prester à 5 reprises au « Juste Debout »   et avoir gagné de nombreux trophées au niveau de l’Europe. Quel sentiment vous avez quand vous voyez tout ce que vous avez déjà accompli ?

Quand j’ai regardé en arrière, c’est la fierté, la reconnaissance. Pour moi, je suis béni d’avoir pu faire tout ça mais ce qui est important c’est de pouvoir donner ce que j’ai appris, les transmettre à ma manière. Même si j’ai travaillé dur pour tout, je crois que c’est la bénédiction. J’ai eu de grandes victoires que je n’ai pensé pas atteindre quand j’ai commencé. Je suis déjà parti au Japon, j’ai déjà presté 6 fois au Bercy, j’étais en Corée,…je voyage un peu partout dans le monde. J’ai accompli tout aussi c’est grâce au travail et au contact avec les gens.

Est-ce que il y a encore de rêves que vous comptez réaliser dans votre carrière ?

Là je suis en train de réaliser un (offrir un atelier aux danseurs de Goma) en étant ici. Et en faisant aussi parti du projet « Kongo ». Je vis un rêve actuellement. La dernière fois qu’un membre de ma famille était à Goma, c’était mon père à l’époque de la guerre de Kabila père. En venant ici, les membres de ma famille avaient peur à cause ce de ce que les medias transmettent de Goma.

« A propos de Goma, il y a toujours cette appréhension de ce qui est dit et de ce qui est réel (…) On a la danse dans le sang au Congo qui est souvent mal utilisée malheureusement »

Vous êtes à Goma, ville touristique de la RDC. N’avez-vous pas eu peur de venir ici ?

Non. Il y a toujours  cette appréhension de ce qui est dit et de ce qui est réel. J’ai vu une lors de cette édition de Goma Danse Festival il y avait de présélectionnes à Beni, à Sake, à Bukavu,… alors je me suis dit si on peut danser là-bas avec autant de gens, donc il n’y a pas de problème. Apres avoir arrivé ici, j’ai dit à mes familiers de Kin et de Suisse qu’ils rêvent… (Rire). Je suis très content d’etre arrivé à Goma.

Vous partagez de connaissances de danse un peu partout dans le monde et maintenant vous êtes pour le compte de Goma Danse Festival. Comment avez-vous trouvé les danseurs d’ici ?

Vraiment bien. On a ça dans le sang. On a une force (la danse) au Congo qui est souvent mal utilisée malheureusement. Je ne rentre pas  dans tous les problèmes du pays mais il faut qu’on soit solidaire entre nous.

Vous avez évoqué tout au long de l’interview le projet « Kongo », vous pouvez nous parler de ses ambitions

Son ambition c’est de pouvoir etre un élément supplémentaire aux belles associations qui sont ici. Par exemple, notre première action était de s’associer avec les enfants qui sont dans la rue grâce à des plateformes et on veut savoir ce qui se passe. Pendant nos actions, on fait de journée danse, on offre des habits et de la nourriture. Lors de la dernière éruption du Volcan Nyiragongo, on a initié un petit projet « une maison, une famille » pour permettre à des familles de sinistrés de se révéler. L’autre grand projet qu’on veut faire, c’est construire un centre culturel à Goma, du hip hop ou autre chose, pour permettre aux jeunes de pouvoir s’exprimer.

Au vu de votre expérience, quels conseils vous pouvez donner à tous ces jeunes qui rêvent d’etre comme vous ?

Revenir à la base. Ne pas avoir peur de recommencer à chaque fois parce que c’est ce que je fais tout le temps. Je recommence pour pouvoir trouvé les nouvelles manières de bouger, de me diriger…Créer plus de liens avec votre entourage. Qu’on se soutienne tous. S’il y a un qui monte, il doit donner l’exemple car il y a de la qualité chez les danseurs d’ici.

David Kasi/Nord-Kivu

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