Confidences du chauffeur du Ministre :« Mondial/Foot : les Léopardeaux… »

Les Anyoto ou les Hommes léopards font partie de l'histoire glorieuse de la RDCongo ph. tiers

Chronique littéraire de Yoka Lye

Quel calvaire que cette soirée du 25 mars sous la paillotte de notre patron le Ministre d’Etat des Questions Statistiques et Tactiques !  Tout le cabinet ministériel  a été convié au spectacle du match télévisé  Léopards-Lions d’Atlas. Avant le match, que de  supputations et de pronostics abracadabrants ! « Un combat de fauves sauvages », s’exclamait le garde du corps, score 2 – 0 pour les Léopards ».  Avis du professeur-Dircab : «  le sacre suprême des Léopards pour le Mondial ;   score 4 – 1 pour nous » Et la secrétaire particulière de renchérir : « qui mangera qui ? Boma-ngai-naboma-yo-tobomana. Score : 5 – 0 ».

Le match a démarré, comme on dit dans notre jargon de chauffeurs,   sur des chapeaux de roue. Le ballon virevoltait entre les deux camps. Ici, l’ambiance était électrique sous la paillotte. Cri de guerre du garde du corps : « Makambu, attaque, attaque, ».  Au tour de la Secrétaire particulière : « Oyé, Tisserand, montre-toi homme ; montre tous tes muscles ! ». Et le jardinier : « Et toi, Meshake, cesse de danser la rumba sur terrain, verrouille les arrières ! Cogne ! ». Sur terrain , les deux fauves cherchaient à marquer leur territoire respectif, à coups de dribbles comme figures artistiques, à coups de tirs foudroyants, à coups d’acrobaties vertigineuses. Puis le soulagement : le premier but des Léopards. Liesse-Kiesse !

… C’est à ce moment-là   que notre patron  le Ministre      nous   a rejoints sous la paillotte, l’air épanoui. Mais sa joie, notre joie, hélas, a été de courte durée. Profitant en effet d’un carambolage devant la cage du gardien de buts des Léopards, le Numéro 10 des Lions d’Atlas a poussé le ballon au fond des filets. Score : 1 – 1. Désastre !

On apprendra plus tard   qu’en fait   le match du 25 mars s’est joué sur le terrain de l’ « invisible », du « mystique »  entre   l’équipe des marabouts marocains et celle des féticheurs  congolais. Match téléguidé à distance avec   à l’appui des sourates incendiaires  d’une part, et des minganji-nkisiépouvantables d’autre part. Hélas,  la joute mystique s’est achevée par un demi-échec des Léopards. En cause : l’équipe des marabouts était parvenu, on ne sait comment, à corrompre         l’un des féticheurs congolais au point d’en tirer les secrets des fétiches et des stratégies souterrainement mis en place.

L’on   comprend  alors le tsunami   subi   par les Léopards lors du match-retour à Rabat. Justement, au stade de Rabat, au Maroc, alors que l’équipe des Léopards avait recruté, à travers le monde, des « Jica », ces ouvriers de la dernière heure et de la dernière chance sollicités de l’étranger ;   l’entraîneur « psychologique »  marocain lui, en revanche, a convoqué « mystiquement »  sur le terrain 11 marabouts surnuméraires qui ont activement participé au match-retour. En clair les Lions d’Atlas ont joué sur le terrain à 22  (11  joueurs « visibles » et 11 joueurs  « invisibles »), contre 11 pauvres Léopards , sans charisme, démunis, désemparés, débordés, démotivés. On connait la suite…

Conclusion de notre Ministre, téléspectateur désappointé :  « des Léopardeaux, ce ne sont que des Léopardeaux »…

(YOKA  Lye)

1-4-2022

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