Rumba patrimoine : « une motivation supplémentaire pour les auteurs et écrivains (…) pour livrer au monde, le théâtre singulier de la rumba congolaise » (Tony Elebe)

Rumba patrimoine : « une motivation supplémentaire pour les auteurs et écrivains (…) pour livrer au monde, le théâtre singulier de la rumba congolaise » (Tony Elebe)

Après l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le média en ligne Arts.cd revient sur l’apport de la littérature congolaise dans cette musique mondiale. Auteur du roman «Nouvelles du Sangoali » , Tony Elebe Ma Ekonzo a accepté de répondre à nos question pour donner son avis entant que l’une des catégories qui donnent sens à la musique congolaise. (Entretien)

 

Entant qu’auteur, comment expliquez-vous les codes de la musique rumba congolaise à votre entourage ?

L’auteur de nouvelles et de romans que je suis n’est qu’un profane de la rumba congolaise. En effet, qui dit « code » suppose l’existence d’une matière normée, légiférée ou règlementée, tant du point de vue de sa transcription que de son application. S’agissant de la rumba congolaise, bien qu’ayant vibré dès mon adolescence à ses sonorités, je n’en maîtrise pas pour autant ses codes ;  pour peu que ceux-ci existent et soient documentés. Il me serait donc difficile d’expliquer les codes de la rumba congolaise à mon entourage. Plus modestement, je partage avec les miens mon plaisir d’esquisser un pas de danse ou de fredonner un morceau de Zaïko langa-langa, de Papa Wemba, de Koffi Olomide ou de Fally Ipupa, pour ne citer que ceux-là.

« L’inscription au patrimoine culturel de l’humanité reste une invitation à la découverte(…) »

La rumba congolaise est inscrite au patrimoine culturel de l’humanité. Quelle est la place de la littérature congolaise dans cette musique ?

Indépendamment de l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel de l’humanité, la littérature congolaise devrait lui faire une part belle, car depuis plusieurs décennies elle fait partie de ses références culturelles, fortes et évolutives ; lesquelles ont marqués et marquent encore l’Afrique et le monde, participant ainsi au rayonnement des deux Congo.

Cependant, l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel de l’humanité est une motivation supplémentaire pour les auteurs et écrivains congolais. Non pas pour revendiquer une reconnaissance désormais acquise, mais plutôt pour livrer au monde par le récit, la nouvelle, le roman ou tout autre forme de littérature le théâtre singulier de la rumba congolaise, de sa genèse à nos jours, bien différent des espace-temps de la rumba cubaine, de la rumba flamenca ou encore de la rumba de salon.

 

« La rumba congolaise ne connaitra donc sa pleine maturation que lorsque son adoption à la foi festive et intellectuelle sera effective à l’échelle de l’humanité » 

La place ou le rôle de notre littérature est donc de présenter l’univers de la rumba congolaise en vue de son assimilation complète dans le monde. En fait, l’inscription au patrimoine culturel de l’humanité reste une invitation à la découverte. La rumba congolaise ne connaitra donc sa pleine maturation que lorsque son adoption à la foi festive et intellectuelle sera effective à l’échelle de l’humanité ; lorsque donc elle sera lue, étudiée, enseignée et pratiquée dans des écoles de musique, les salles de fêtes et de spectacles à travers le monde.

Comment évaluezvous les textes composant la Rumba d’hier à ceux d’aujourd’hui ?

Tony Elebe Ma Ekonzo pH. Tiers

La réponse que je donne à cette question est celle du presque quinquagénaire que je suis. Sans préjugé générationnelle, elle est teintée de nostalgie et de l’exigence affirmée pour les chansons à texte. Sans surprise donc, il m’apparaît que plus on remonte à la genèse de la rumba congolaise, plus les textes sont riches et racontent des histoires intemporelles, traduisant le pouls de la société d’alors. Ainsi, la rumba congolaise remplit-elle clairement à la fois un rôle éducatif et festif. Cela se traduisait et se traduit dans la structure en deux parties des rumbas congolaises. Une première partie plutôt lente met en évidence le texte et permet l’immersion du mélomane dans ses vertus pédagogiques. Une deuxième, partie, plus dansante et festive, fait passer l’amertume et la pesanteur de la leçon de vie apprise. Les nouvelles générations d’artistes gagneraient à s‘inspirer des anciens en donnant davantage de contenu à  leurs textes et en le rendant plus audibles.

 Après cette inscription, selon vous, comment faire pour maintenir la flamme de la rumba congolaise allumée ?

Cette question va bien au-delà de l’apport de la littérature congolaise  à la rumba congolaise, tel que nous l’avons évoqué tantôt. Elle touche à l’organisation de la filière de la production musicale et de la création. Car aujourd’hui, même si on tend vers une musique de plus en plus uniforme, que d’aucun appelle la « World music », la rumba congolaise demeure la référence identitaire de notre musique. Comment organise-t-on la filière ? Vaste question qui devrait trouver sa réponse dans un plan directeur national de la production musicale et de la création. Ledit plan devrait notamment prévoir l’identification des références originelles diversifiées et la codification de la rumba congolaise, la production de livres thématiques, la création de bibliothèques et de vidéothèques, la création d’écoles spécialisées, la création de studios d’enregistrement et de montage audio et vidéo, l’organisation de concours d’octroi de bourses de formation et de production en faveur des musiciens, des danseurs et des métiers liés, l’organisation de télé-crochets pour la détection et la promotion des talents, la création de salles polyvalentes pour l’organisation de spectacles, de conférences, de projections, de formations, et de répétitions musicales, l’organisation d’émissions télévisées spécialisées, l’organisation de festivals spécialisés, l’octroi de facilités fiscales et douanières, les subventions de l’État, l’encadrement légal et réglementaire adéquat, etc.

« (…)Dans le chef de l’écrivain aucune écriture ne peut s’envisager vaine »

La rumba congolaise est littéraire. Comment réagissezvous à cette affirmation ?

Définitivement oui. Dans son assertion la plus élémentaire littérature est perçue comme les « œuvres écrites, dans la mesure où elles portent la marque de préoccupations esthétiques ». Ainsi, dans leur optique esthétique, les textes de la rumba congolaise et les idiomes qu’ils véhiculent sont parfaitement associables à de la littérature prosaïque.

Perspectives
Tony Elebe pH.tiers
Entant qu’auteur, l’année 2022 s’annonce avec des grandes ambitions. Quels sont vos projets pour l’année nouvelle ?

Pour peu que l’inspiration soit au rendez-vous, chaque jour, mois et année s’annonce avec des grandes ambitions, car dans le chef de l’écrivain aucune écriture ne peut s’envisager vaine. Cependant, l’ambition est une chose, la pertinence et l’actualité du propos en est une autre. En ce qui me concerne, le manuscrit d’un roman est en cours de rédaction. Il devrait être publié au courant de l’année nouvelle. Souffrez que je ne vous en dise davantage. Sachez cependant, que contrairement à mes précédentes publications, la trame de mon prochain ne se déroule pas dans un pays imaginaire, mais bien à Kinshasa, en République Démocratique du Congo.

Propos recueillis par Onassis Mutombo

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